La campagne pour la présidentielle nigériane du 16 janvier 2027 s’est officiellement ouverte le 19 août. Dix-neuf candidats sont engagés dans la course, derrière cette profusion de candidatures se dessine surtout un duel politique à plusieurs inconnues.
Le président Bola Ahmed Tinubu peut-il transformer ses réformes économiques en argument électoral ? Ses adversaires peuvent capitaliser sur la crise du pouvoir d’achat et l’insécurité pour l’evincer ? Ainsi donc pendant les cinq mois avant l’échéance, les électeurs nigérians seront appelés à arbitrer entre deux lectures du bilan de Bola Tinubu.
Le président sortant défend des réformes destinées à redresser les finances publiques et à attirer les investisseurs, notamment la suppression de la subvention aux carburants très contestée par les citoyens et la réforme du taux de change de la monaie locale le Naira . Mais leur coût social nourrit une contestation persistante, avec une inflation vertigineuse, une baisse du pouvoir d’achat et des difficultés quotidiennes occupent désormais le centre du débat électoral. Reuters et plusieurs sourcesc rapportent que l’économie et l’insécurité figurent parmi les principales préoccupations des électeurs.
La question sécuritaire surtout, pourrait constituer l’autre grand juge du scrutin. Les enlèvements contre rançons, les violences armées et l’insécurité dans plusieurs régions continuent de peser sur les populations et sur l’activité économique. Pour le pouvoir, l’enjeu sera donc de démontrer que les réformes produisent progressivement des résultats et que la situation sécuritaire est maîtrisable. Pour l’opposition, l’objectif sera au contraire de transformer ces difficultés en sanction électorale contre le bilan présidentiel.
Le principal facteur d’incertitude pourrait se trouver ailleurs, notamment dans la capacité de l’opposition à éviter la dispersion. Atiku Abubakar et Peter Obi figurent parmi les principaux adversaires de Tinubu, mais l’échec des tentatives de rassemblement autour d’une candidature commune laisse au président sortant un avantage potentiel. L’expérience de 2023 a montré qu’une opposition divisée pouvait permettre à un candidat de l’emporter avec une part relativement limitée du vote national.
Mais au delà de ce facteur d’incertitude, trois scénarios se dessinent. Le premier, est celui d’une reconduction de Tinubu, porté par la puissance de l’APC (All Progressives Congress, le parti au pouvoir), avec son implantation nationale et une opposition divisée. Le deuxième, est celui d’une sanction des urnes, si les électeurs jugent que les réformes économiques ont surtout alourdi leur quotidien sans produire de résultats suffisamment visibles. Le troisième, est celui d’un sursaut de l’opposition, qui parviendrait à s’unir derrière un candidat capable de dépasser les clivages régionaux et politiques. Dans ce cas, la présidentielle pourrait devenir beaucoup plus ouverte qu’elle ne le paraît aujourd’hui.
Il faudra également surveiller le taux de participation. Une forte abstention pourrait favoriser les organisations disposant des réseaux politiques les plus structurés, tandis qu’une mobilisation massive des jeunes et des électeurs mécontents pourrait modifier les équilibres. Le système électoral ajoute aussi une autre contrainte qui établit que, pour gagner au premier tour, il faut obtenir la majorité des suffrages exprimés et au moins 25 % des voix dans 24 des 36 États.
À l’ouverture de cette campagne, le véritable pronostic reste donc moins celui d’un favori incontestable que celui d’une équation électorale complexe. Tinubu possède néanmoins les leviers du pouvoir et une machine politique solide ; ses adversaires disposent, eux, d’un puissant réservoir de mécontentement. Entre bilan, pouvoir d’achat, sécurité, capacité de mobilisation et éventuelle recomposition de l’opposition, les cinq prochains mois diront si le scrutin de janvier sera celui de la continuité, de la sanction ou de la surprise.
Mahamadou Tahirou





