Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, le ministère du Pétrole du Niger se distingue par une instabilité singulière au sommet de sa direction. En moins de trois ans, ce département stratégique a connu trois ministres successifs, une situation rare, voire unique, au sein du gouvernement issu de la gouvernance militaire, alors que plusieurs autres ministères clés n’ont jamais changé de titulaire depuis le début de la transition.
Le premier de la série nommé ministre du Pétrole après le putsch, Moustapha Mahamane Barké, est resté en fonction plus d’un an avant d’être brusquement remplacé par Dr Sahabi Oumarou. Peu de temps après son départ, Moustapha Mahamane Barké était privé de liberté et détenu dans un lieu inconnu, non officiellement communiqué, dans un contexte marqué par une communication institutionnelle limitée.
Le 6 janvier 2026, un enchaînement troublant se produit : le jour même où Moustapha Mahamane Barké recouvre la liberté, son successeur est à son tour limogé et remplacé par Hamadou Tinni, devenant ainsi le troisième ministre du Pétrole depuis juillet 2023. La concomitance de ces événements, sans permettre d’affirmations définitives, ne peut manquer d’interpeller.
Pourquoi ce ministère précisément connaît-il une telle instabilité, alors que d’autres départements stratégiques restent inchangés ? Que se passe-t-il réellement au cœur de ce secteur hautement sensible ?
Le pétrole concentre des enjeux financiers considérables, des intérêts géopolitiques majeurs et des attentes sociales fortes, d’autant plus dans un contexte de transition, de sanctions et de repositionnement stratégique du Niger. L’instabilité répétée à la tête de ce ministère pourrait traduire des divergences internes sur l’orientation du secteur, des tensions autour de la gestion des revenus pétroliers ou des insatisfactions au plus haut niveau de l’État, sans que ces hypothèses ne soient clairement éclairées par des explications officielles.
Cette situation est d’autant plus paradoxale que le Niger a considérablement accru sa production de pétrole brut, passée d’environ 20 000 barils par jour à près de 110 000 barils par jour. Malgré cette progression, le pays continue d’importer du carburant, notamment du Nigeria et d’autres marchés extérieurs, pour couvrir la consommation intérieure. Ce paradoxe persiste alors même que le Niger dispose d’une raffinerie, la SORAZ, censée répondre aux besoins nationaux.
L’opinion publique reste sans réponses claires sur les raisons de cette dépendance persistante, qu’elles soient liées à des limites techniques, à des choix d’exportation, à des contraintes contractuelles ou à des dysfonctionnements structurels dans la chaîne de distribution. Dans un contexte où les autorités de transition mettent en avant la souveraineté économique, la rupture avec les anciennes pratiques et la bonne gouvernance, le cas du ministère du Pétrole apparaît comme un révélateur.
L’instabilité ministérielle répétée, les épisodes de détention non expliqués et les incohérences apparentes du secteur énergétique nourrissent une interrogation centrale : celle de la transparence et de la cohérence de l’action publique. Tant que des clarifications officielles ne seront pas apportées, les questions demeureront, et avec elles, le doute sur la capacité du pétrole nigérien à devenir un véritable levier de stabilité et de développement.
Mahamadou Tahirou





