L’affaire remonte à 2019 lorsque des jeunes découvrent, en pleine brousse du département de Tessaoua (région de Maradi), à proximité d’un axe de circulation très fréquenté vers la frontière avec le Nigeria, une mallette contenant une importante somme d’argent en dollars américains.
Intrigués par cet objet abandonné, ils l’ont ouvert, et découvrent des liasses de devises. La situation a rapidement été signalée aux forces de sécurité, puis portée à la connaissance des autorités administratives locales. La gendarmerie, le juge, le préfet et, par la suite, le gouverneur de la région de Maradi de l’époque, Zakari Oumarou, ont été impliqués dans la gestion administrative du dossier. Officiellement, l’argent a été sécurisé et placé sous protection de l’État au trésor national, après vérification de l’authenticité des billets et établissement de procès-verbaux de comptage.
Cependant, dès cette étape, des divergences sont apparues dans l’opinion publique quant au montant exact découvert, certains évoquant des chiffres supérieurs à ceux reconnus officiellement. Ces écarts ont contribué à nourrir la suspicion et à installer durablement le doute dans les esprits.
Une communication officielle jugée insuffisante
À l’époque, les autorités avaient indiqué qu’une enquête de la gendarmerie était en cours et que la justice se prononcerait “au moment opportun”. Mais avec le temps, aucune information judiciaire claire n’a été rendue publique, et aucune décision n’a été communiquée sur l’origine des fonds, leur destination finale ou d’éventuelles poursuites.
Ce silence institutionnel a laissé le champ libre aux rumeurs. Sur les réseaux sociaux et dans certains cercles, des accusations ont circulé, allant de simples soupçons de négligence à des allégations de détournement ou de partage occulte de l’argent. Des noms d’agents de sécurité, de responsables administratifs et même de décideurs politiques avaient été cités, sans que des preuves judiciaires n’aient été publiquement établies à ce stade.
Le transfert récent de l’affaire devant la Cour d’État marque un tournant en raison des présomptions qui pèsent sur certaines autorités jouissant du privilège de juridiction.
Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ce rebondissement : la persistance de plaintes, l’accumulation de témoignages, ou encore la volonté des autorités actuelles de rouvrir un dossier sensible afin de renforcer la crédibilité de la lutte contre l’impunité. La Cour pourrait ainsi chercher à déterminer si les procédures ont été correctement suivies, si des irrégularités ont été commises et si certaines personnes ont tiré profit, directement ou indirectement, de cette somme d’argent. À ce stade, quelques éléments semblent établis : la mallette a bien existé, l’argent a été pris en charge par les autorités, et une chaîne administrative officielle a été mobilisée.
En revanche, plusieurs zones d’ombre persistent. L’origine des fonds reste inconnue, aucun propriétaire ne s’est manifesté publiquement, et aucune explication formelle n’a été donnée sur la destination finale de la somme.
La question que l’on se pose demeure celle de la responsabilité. Si la justice établit que la gestion du dossier a respecté strictement la loi, l’affaire pourrait se clore sans condamnations majeures. Mais si des irrégularités sont prouvées comme la disparition partielle des fonds, la falsification de documents, l’abus de fonction, des poursuites pourraient alors concerner des acteurs jusque-là épargnés.
Un test pour la crédibilité de la justice
Au-delà du cas particulier de Tessaoua, cette affaire est devenue symbolique des attentes des citoyens en matière de transparence et de redevabilité. Beaucoup de Nigériens voient dans ce dossier un test grandeur nature de la capacité des institutions à traiter des scandales impliquant des responsables publics, même plusieurs années après les faits. La procédure judiciaire doit aller jusqu’à son terme, pour que les Nigériens sachent ce qui s’est réellement passé.
En attendant les décisions de la Cour d’État, la “mallette de dollars” reste un symbole d’une justice attendue mais encore incertaine. Les prochains actes judiciaires diront si cette affaire servira d’exemple de reddition de comptes ou si elle rejoindra la longue liste des scandales non élucidés qui nourrissent la défiance envers l’administration publique.
Pour l’instant, une chose est sûre : le dossier, que beaucoup croyaient enterré, est de retour au cœur de l’actualité judiciaire, et ses développements pourraient avoir des répercussions bien au-delà de la région de Maradi.
Mahamadou Tahirou





