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5 février, 2026
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Tribune : Trump ou la révolution de l’anti-droit

Par Rahmane Idrissa

« Oh, c’est merveilleux » Trump commentant l’invasion de l’Ukraine en février 2022

Lorsque la Russie a attaqué l’Ukraine, la réaction du monde a été globalement duale : d’un côté les Occidentaux, en particulier les Européens – qui se sont sentis directement concernés puisque l’agression avait lieu sur leur continent (ce que beaucoup de commentateurs africains notamment refusent de comprendre) – qui ont réagi par un rejet viscéral de cette attaque, au nom du droit international et surtout d’un certain équilibre géopolitique qui leur était généralement favorable ; et d’un autre côté le reste du monde, dont certaines parties ont tièdement condamné l’agression au nom du droit international, mais l’ont plus ou moins approuvée, voire soutenue, à cause d’un désir, nourri de ressentiments, de renverser un équilibre géopolitique jugé trop favorable à l’Occident. De ce fait, le reste du monde a cautionné l’attaque de la Russie contre l’Ukraine et l’Occident s’est retrouvé seul face à la Russie. Cette solitude a amoindri la force d’impact des sanctions supposées contraindre la Russie à suspendre sa guerre volontaire, et prolongé le conflit en Ukraine.

Mais il y a eu une autre réaction d’importance à laquelle il eût fallu prêter attention, celle de Donald J. Trump.

Lors d’un entretien radiophonique avec le Clay Travis and Buck Sexton Show, le 22 février 2022, on l’a entendu dire : « Je suis rentré hier, et il y avait un écran de télévision, et j’ai dit : « c’est génial ». Poutine déclare qu’une grande partie de l’Ukraine — de l’Ukraine — Poutine la déclare indépendante. Oh, c’est merveilleux. Il a utilisé les mots « indépendant » et « nous allons y aller, nous allons entrer et nous allons aider à maintenir la paix ». Il faut reconnaître que c’est plutôt astucieux ».

Il ajouta plus tard, lors d’un entretien vidéo, qu’il trouvait Poutine « tout à fait malin » pour avoir « pris le contrôle d’un pays pour le prix de deux milliards de dollars de sanctions. » « Envahir un pays — un pays vraiment immense, un vaste territoire peuplé d’une multitude d’habitants — et y entrer sans encombre! », ajouta-t-il, l’œil brillant d’admiration.

À l’époque, ces remarques ont été analysées surtout comme une matière de politique intérieure américaine et un signe de la division régnant au sein du Parti Républicain, lequel adhérait alors à la politique américaine d’appui à l’Ukraine. Après tout, Trump n’était qu’un ancien président et on n’imaginait pas encore qu’il pourrait revenir au pouvoir. Cependant, ces paroles m’avaient frappé. Comme on le voit, je ne les avais pas oubliés.

Nostalgie et turpitudes

Dans les débats que j’essayais d’avoir avec des gens en Afrique à propos de l’invasion de l’Ukraine par la Russie – gens qui applaudissaient ladite invasion et présentaient Poutine comme la véritable victime d’une agression occidentale (c’est aussi une opinion plusieurs fois exprimée par Trump soit dit en passant) – je soutenais que la grande menace pesant sur le monde est celle de la formation de trois grandes puissances impériales : les États-Unis, la Russie et la Chine. L’Occident n’existait plus comme puissance unifiée puisque ce concept reposait sur le postulat que les États européens possédaient une autonomie vis-à-vis des États-Unis et formaient avec lui un conglomérat d’intérêts bien entendus. Cela n’était pas le cas. Les Européens avaient décidé d’être « atlantistes », ce qui était une façon polie de dire qu’ils acceptaient d’être les vassaux des Américains. C’est le sort que Charles de Gaulle a voulu éviter à la France et à l’Europe à travers une orientation politique jamais réalisée, celle d’une défense commune européenne – innovation confédérale difficile à concevoir et exécuter dans le continent des nations. Dans l’affaire ukrainienne, Poutine parlait toujours par-dessus leurs têtes directement à Washington.

L’idée du Sud Global, c’est-à-dire non pas certes un alignement derrière la Russie et la Chine, mais certainement un non-alignement relativement hostile à l’endroit de l’Occident, me paraissait de ce point de vue une erreur reposant sur une vision dépassée des relations internationales. La notion de Sud Global recouvre grosso modo le rassemblement des anciennes colonies de l’Occident, un univers où les intelligentsias définissent leur perception des affaires du monde principalement à travers le cadre interprétatif et discursif colonial. Dans ce cadre, seul l’Occident peut être impérialiste ; ses rapports avec le reste du monde sont presque nécessairement soit impérialistes, soit néocoloniaux ; et la problématique d’une lutte de libération à son encontre reste à l’ordre du jour.

Le seul endroit portant encore la marque de l’impérialisme et du colonialisme – plutôt même que du néocolonialisme – occidental était et reste la Palestine (et peut-être la Nouvelle Calédonie). La Palestine est l’endroit où l’Occident impérialiste existe encore effectivement, puisque l’implacable œuvre coloniale israélienne est soutenue directement par les États-Unis et plus indirectement, mais pas moins fermement, par les États européens. Sans ce soutien et appui, cette œuvre infernale serait totalement impossible.

En novembre 2024, une des newsletter estampillée Sud Global (Delphi Initiative ou la Tricontinentale, je ne me rappelle plus) m’a fait parvenir une livraison contenant un petit article mettant sur le même pied d’égalité Gaza… et Niamey. C’était non seulement faire insulte aux Gazaouis, mais même aux Nigériens des temps passés qui ont véritablement connu le régime colonial. Mais les intelligentsias du « Sud Global » pensent et se battent dans un temps historique irréel, reflet lointain des années 1950-60. Cette forme d’auto-illusion n’est pas un phénomène isolé d’ailleurs, et cela mériterait d’avoir un nom : non pas un retour vers le passé – une régression ou rétrospection – mais une forme de nostalgie de la conscience donnant le sentiment, même la conviction qu’on revit le passé ou qu’on peut le recréer.

Comme on le verra plus loin, Trump est autant en proie à cette nostalgie de la conscience que les intelligentsias du Sud Global, quoique, évidemment, d’un point de vue opposé. Lorsqu’on vit dans cet état d’esprit, le passé est plus réel que le présent. La traite négrière est plus réelle pour bien d’intellectuels africains que les conditions totalement inacceptables, certaines relevant pratiquement de l’esclavage, dans lesquelles croupissent des dizaines de millions d’Africains de 2026. On peut comprendre qu’avec un tel état d’esprit, les exploits sanglants de Wagner et de Africa Corps en République centrafricaine et au Mali, qui font de la folle équipée de Voulet et Chanoine un conte de nourrice, choquent moins que les offres de coopération militaire de l’Union européenne, surtout dans un contexte où beaucoup d’intellectuels africains se sont persuadés que les droits humains, qui condamneraient Wagner/Africa Corps et autres VDP (du Burkina Faso), sont une imposition impérialiste de l’Occident.

Tout cela n’est pas en soi surprenant. Chacun voit midi à sa porte, dit le dicton, et nous ne percevons pas l’histoire comme celle de l’humanité, mais de notre tribu (nation, ethnie, race, c’est au choix). Les Africains ne comprennent pas à quel point un Polonais et a fortiori un Ukrainien peut et doit craindre la Russie, ni ce que le mot « occupation », que les intellectuels nigériens ont appliqué à la coopération militaire avec la France, peut éveiller de traumatismes chez un Français ; et de même, de tous les Européens, seuls les Irlandais ont une compréhension à la fois subjective et politique du sort fait aux Palestiniens, puisque dans le grand drame colonial, la plupart des Européens sont du côté des coupables, non des victimes. (Je parle, bien sûr, de la conscience générale qui a plus d’impact sur les actes officiels que la conscience particulière de la minorité d’Européens ayant une boussole morale leur permettant de transcender le conditionnement par l’histoire).

Dans l’idéal, le droit devrait être le principe directeur des relations internationales. Il en est ainsi parce que le droit est la chose qui gêne la force et interfère avec les politiques de puissance. Les États qui limitent leur responsabilité vis-à-vis du droit sont des États qui veulent faire du mal et ne savent pas comment le faire dans les limites du droit. Des États faibles peuvent emprunter cette voie : la sortie des États du Sahel central de la CEDEAO et de la TPI sont des sorties du droit, aussi bien le droit politique intérieure, qui fait reposer le gouvernement sur la loi plutôt que sur la force ; que le droit criminel international qui fait peser l’épée de Damoclès d’un procès au nom de l’humanité. Mais en général, ce sont les États forts ou puissants, comme les États-Unis, la Russie, la Chine et Israël, qui font litière du droit – d’ailleurs les États-Unis, la Russie et Israël bien plus que la Chine, dont les transgressions se limitent surtout au droit de la mer.

Le droit protège surtout les faibles, et on aurait pu être étonné que les pays du « Sud Global », qui appartiennent presque tous à cette catégorie, se soient mis à soutenir de façon plus ou moins explicite les énormes abus de la Russie en Ukraine si on n’avait pas pris en compte le fait qu’ils vivent encore, dans une large mesure, à l’heure coloniale, temps immobile dans laquelle la Russie ne saurait faire du mal.

Ce qui aurait dû se dessiner, en lieu et place du « Sud Global », c’est une coalition du droit contre les thuriféraires de la force. On a eu un aperçu de ce que cela pourrait être à travers les efforts de l’Afrique du Sud de faire condamner Israël pour ses énormes abus à Gaza. Mais d’un côté, l’Occident impérialiste qui, comme je l’ai précisé, existe dans le cas d’Israël, s’est mis au travers du chemin, notamment en refusant d’appliquer les sentences du droit criminel international (cela est vrai pour l’Europe, qui souscrit audit droit, mais non pour les États-Unis qui ne se reconnaissent aucune responsabilité à son endroit) ; et de l’autre côté, l’Afrique du Sud manquait de crédibilité pour s’être mise de façon relativement explicite du côté de la Russie dans sa guerre impérialiste contre l’Ukraine (mais au moins dans ce cas, Vladimir Poutine, qui est un opérateur politique plus sophistiqué que Benyamin Netanyahou, a préféré ne pas mettre les sud-africains dans un surcroît d’embarras lorsqu’il s’est abstenu de voyager dans leur pays pour le sommet des BRICS qui s’y est tenu).

Aujourd’hui, Donald Trump met tout le monde – sauf ses pairs impérialistes, la Russie et la Chine – face au miroir de ses propres turpitudes, même s’il ne faut pas trop s’attendre à ce qu’ils y voient autre chose qu’une image déformée – déformée par leurs indécrottables croyances idéologiques.

La révolution scélérate

Trump est un président révolutionnaire, ce qui n’est pas en soi une « bonne chose ». Hitler aussi était révolutionnaire. Trump est révolutionnaire de deux points de vue : parce qu’il n’y a pas, dans toute la série de présidents américains depuis George Washington jusqu’à Obame et Biden, un détenteur du poste qui ait défini sa présidence de la manière dont il le fait, c’est-à-dire en la rapprochant le plus possible de la dictature sans affronter les institutions politiques au point de déclencher une révolte ; et parce qu’il est entouré d’idéologues qui décrivent eux-mêmes leur action comme une révolution et l’ont planifiée pour atteindre des objectifs qu’ils considèrent révolutionnaires.

Le modèle politique de Trump est la dictature à vie. Il a félicité Xi Jinping pour avoir réalisé ce modèle, nourrit une affection sincère pour Kim Jung Un, idolâtre Poutine (son entrevue avec lui en Alaska a commencé sur le tapis rouge qu’il lui a déroulé, et sur lequel il a presque dansé d’excitation en l’attendant – comparez avec la manière cavalière dont il traite les chefs d’État européens, qu’il fait volontiers attendre) et a des sentiments très chaleureux pour les princes du Golfe qui, en plus de jouir d’un pouvoir dictatorial, sont des coffres-forts ambulants. Le fait que tous ces personnages d’une manière ou d’une autre conchient le droit et agissent dans une liberté souveraine (non pas la souveraineté du peuple ou de l’État, mais celle du souverain) est, pour lui, source de respect et d’affection – et pendant longtemps, d’envie, puisque lui, Trump, contrairement à eux, était contraint de respecter le droit, qu’il a taxé d’État profond, et de soumettre son action aux règles stupides des institutions politiques et d’un semblant d’adhésion au droit international dicté par la position d’hégémon qui était celle de son pays. C’est toute l’histoire de sa première présidence.

Aujourd’hui, avec la seconde présidence, Trump peut déchaîner ses deux potentiels révolutionnaires, et cela avec d’autant plus de virulence qu’il n’a pas tout à fait désarmer le droit politique intérieur américain – ce que les Américains appellent « la Constitution ».

Il faut comprendre que ce mot révolution n’est pas ici un vain mot. Les architectes du Projet 2025, issus de la Heritage Foundation – une organisation à l’origine de ce qu’on a pu appeler la Reagan Revolution des années 1980, et qui compte sur Trump pour retrouver une superbe perdue – en usent de propos très délibéré. C’est une révolution conservatrice. Dans leur discours, il ne s’agit pas de renverser la constitution américaine, mais de la restaurer, après qu’elle ait été démantelée pièce à pièce par le libéralisme. L’animus contre les programmes de diversité, équité et inclusion ne provient pas simplement d’un prurit réactionnaire, mais de l’idée qu’ils seraient une attaque contre la constitution américaine, créée et établie pour une nation chrétienne et, pour certains, blanche – capable certes d’accueillir autrui (le non-chrétien, non-blanc), mais pourvu que des principes étrangers à la constitution ne viennent pas définir des conditions d’accueil et d’inclusion qui dissoudraient ce caractère fondamental de la nation.

De ce point de vue, certains ne peuvent tout simplement pas bénéficier du droit d’accueil : les LGBT, et surtout ceux qui sont sous-entendus par le T, les transgenres. La révolution est aussi cognitive. La dissolvante idéologie libérale – dans le discours révolutionnaire en question ici, cette dernière est taxée d’être du marxisme, afin de la rendre plus effrayante et moins américaine – qui a saboté sur la longue durée cette constitution – et le droit des premiers âges qu’elle contient – a été incubée par les universités, lesquelles doivent être reprises en main et recalibrées pour s’ajuster à la nature véritable et foncière de la nation américaine.

Dans ce discours révolutionnaire, Trump est un guide providentiel qui ne saurait être qualifié de destructeur de la démocratie, puisque la démocratie n’est pas autre chose que la volonté du peuple et que cette volonté a reçu sa forme établie dans la constitution américaine. Trump est mandaté (le texte principal du Projet 2025 s’intitule Mandate for Leadership) pour restaurer la volonté du peuple. Dans un long entretien vidéo avec les éditeurs du magazine The Economist Steven Bannon a comparé cette révolution avec pas moins que la Révolution française, en partie parce qu’il l’a présentée comme une défense du peuple et du véritable capitalisme contre d’une part les milliardaires (Bannon n’use pas du terme d’oligarchie mais de corporatism, c’est-à-dire la domination des intérêts des grandes entreprises, corporate interest en anglais) et d’autre part les mondialistes.

Le véritable capitalisme serait la libre-entreprise entre agents économiques égaux et bénéficiant de règles du jeu équitable, alors que le capitalisme de grande entreprise recherche la domination par voie de monopole (c’est exactement la différence que l’historien Fernand Braudel fait entre « économie de marché » et « capitalisme » dans son brillant petit livre, Dynamique du capitalisme). Lorsque les éditeurs du The Economist ont demandé à Bannon quel rôle il se voyait jouer dans cette révolution, il répondit, avec un rictus amusé : « Celui de Robespierre ». Il ajouta que cette seconde Révolution française allait se dérouler à l’échelle de l’Occident, allusion aux efforts faits par la Maison Blanche et divers révolutionnaires – dont le très corporate Elon Musk – de déstabiliser le régime libéral en Europe et d’aider les partis d’extrême droite du Vieux Continent. (C’est le sens des discours agressifs du vice-président Vance contre les Européens, certains Européens). (Les auteurs du Projet 2025 parlent plutôt, eux, de « seconde révolution américaine », comparable, en importance, à 1776 et 1860).

Évidemment on aura noté quelques petites contradictions entre le propos de Bannon et la réalité de Trump. Ce dernier est un milliardaire louche qui n’a rien contre les grandes entreprises et n’aime le peuple que dans la mesure où il est assez stupide pour le suivre aveuglement. (Il ne s’est pas caché une fois pour déclarer qu’il aimait « les moins instruits », explicitement parce qu’ils seraient « le peuple », mais implicitement parce qu’ils forment la tourbe de sa base la plus fanatique). Mais Bannon ferme les yeux sur ces aspects du personnage, tout comme les chrétiens du Projet 2025 préfèrent ignorer ses mœurs dissolues – encore qu’eux ou ceux qui les écoutent, le troupeau de chrétiens politisés, ne lui pardonneraient sans doute pas si l’on mettait au clair, dans les dossiers Epstein, qu’il s’est livré à de la débauche pédophile.

Ces contradictions révèlent en tout cas que si l’entourage de Trump veut faire une sorte de révolution culturelle et politique, ce dernier poursuit un tout autre but révolutionnaire : faire exister sinon un monarque absolu, du moins un dictateur aurifié dans la Maison du Peuple, la Maison Blanche, qu’il est en train de transformer en un Versailles de parvenu – cela, dans le but d’exercer le type de politique de force et puissance qui était possible au tournant du XXe siècle, au cours de la période connue aux États-Unis comme « l’âge doré », marquée notamment par un impérialisme colonial débridé qui a vu le pays faire main basse sur Cuba et les Philippines et dicter sa loi à l’Amérique latine. C’est là sa propre nostalgie et rêve d’un passé – dans ce cas-ci un passé infâme, qui fut le cauchemar des régions qui en sont la cible – qu’il est décidé à faire revivre.

Ces deux révolutions, l’une intérieure, l’autre internationale, ont besoin, comme toute révolution, d’une sorte de violence : mais comme il s’agit d’une révolution par le haut – un peu comme celles des Nazis, ce qui est une des raisons de taxer Trump et ses séides de fascisme – c’est une violence exercée par et à travers l’État, et requérant que le Chef ait les mains libres, aussi bien vis-à-vis du droit intérieur que du droit international.

Ses séides du Projet 2025, ayant tiré les conclusions de l’échec de Trump I, se sont organisés longtemps à l’avance pour faire de Trump II le règne d’un président libéré de « l’État profond », c’est-à-dire aussi autonome par rapport au droit que possible. Selon David A. Graham, auteur d’un livre sur le Projet 2025 (The Project : How Project 2025 is Reshaping America, sorti en avril dernier), « l’un des principes fondamentaux du projet est que la seule façon de renverser la politisation dangereuse du pouvoir exécutif est de le politiser davantage – comme le disait la célèbre boutade sur la guerre du Vietnam, nous devons détruire le village pour le sauver. Cette vision nihiliste a trouvé un écho auprès d’un nombre croissant d’électeurs qui déclarent aux sondeurs que le système américain est tellement corrompu qu’ils veulent tout simplement le mettre en feu. » Les auteurs, ajoute Graham « veulent transférer encore plus de pouvoir au président. Vought [l’un des auteurs en question] tente de résoudre ce problème en appelant à « une utilisation agressive des vastes pouvoirs de l’exécutif pour rendre le pouvoir – y compris celui actuellement détenu par l’exécutif – au peuple américain ». Cela centralise plus de pouvoir que les électeurs ou le Congrès n’ont jamais voulu investir dans une seule personne qui n’est même pas élue au suffrage universel direct. En bref, il s’agit de contourner les freins et contrepoids prévus par la Constitution. Comme l’a déclaré Vought au New York Times, « ce que nous essayons de faire c’est identifier les poches d’autonomie et les saisir. » » (C’est moi qui souligne).

Ce plan a réussi au-delà des espérances de ses auteurs, à cause de cet ingrédient essentiel du succès politique que Machiavel a appelé le riscontro coi tempi, le fait d’être en phase avec l’époque et de pouvoir ainsi en tirer des avantages de puissance. En ce qui concerne Trump, cela s’est traduit par : la formation d’un mouvement fanatisé qui a incubé pendant des décennies et qu’on appelle aujourd’hui les MAGA (en tant qu’étudiant aux États-Unis dans les années 2000 et plus tard lors de mes visites dans le pays au début des années 2010, j’ai pu constater l’existence des éléments épars de ce mouvement, qui allaient finir par faire coalescence autour de la figure de Trump) ; la prise de contrôle du Parti Républicain et l’énergie électorale qui en découle ; et l’émergence d’un tiercé gagnant : contrôle du pouvoir exécutif, législatif et – à travers une Cour Suprême largement acquise à sa cause et en tout cas résolue à lui faire aussi peu obstacle que possible – judiciaire.

Cela veut dire que, pratiquement, les révolutionnaires du Projet 2025 tout comme Trump lui-même et son rêve-cauchemar n’ont qu’à se baisser pour se servir. Dans The End of Kings: A History of Republics and Republicans (paru en 1983), William Everdell explique la chute de la République de Weimar, entre autres choses par le fait qu’elle avait contenu « un Kaiser en réserve ». Il voulait dire par là que sa constitution avait été écrite autour de la figure d’un monarque, un empereur (Kaiser) préservé dans la nature et l’étendue des pouvoirs qu’elle accordait au Reichspräsident, ce qui se manifestait jusque dans le langage dont elle se servait (le président est « président du Reich », non de « la République » ; elle ne dit pas « l’Allemagne est une République » mais « Ce Reich allemand est une République »). Il note : « [Le Reichspräsident] n’avait pas besoin d’organiser un coup d’État illégal comme Napoléon en 1851, parce qu’en vertu du célèbre article 48 de la Constitution, il avait le pouvoir, en cas d’éventuels « troubles publics », de prendre les « mesures nécessaires ». Celles-ci incluaient de passer outre aux lois de l’État, d’abroger toutes les libertés civiles, de promulguer des lois nationales par décret, de faire exécuter la loi par l’armée et d’instituer des tribunaux et des juridictions d’exception. » (William R. Everdell, La Fin des rois : Histoire des républiques et des républicains, Nouveaux Horizons, 1987, p.271-272) Cet article 48 énumère tout simplement les étapes nécessaires à l’établissement d’une dictature intégrale. Hitler saura s’en servir. Quand on dit qu’il est arrivé au pouvoir dans la légalité démocratique, il faut savoir de quelle légalité démocratique il s’agit ! Everdell semble redondant de parler de « coup d’État illégal », mais cet article 48 organise un coup d’État légal, cas unique dans l’histoire des constitutions. Hitler fera donc son coup d’État de facto sans que personne puisse invoquer contre lui la loi et la démocratie.

Cependant, toutes les constitutions démocratiques actuelles contiennent un Kaiser en réserve, même si ce n’est pas de façon aussi explicite que celle de Weimar. Dans les trois grands modèles que suivent plus ou moins les autres constitutions, la présidentielle (États-Unis), la parlementaire (Grande-Bretagne) et la semi-présidentielle (France), le poste de chef de l’exécutif a hérité des prérogatives du pouvoir royal – le cas le plus éloigné de cette situation étant le régime parlementaire britannique, lequel s’est constitué à travers un conflit entre le parlement et le roi sous les Stuart (XVIIe siècle) ; et le cas le plus proche étant l’américain, qui a préservé le régime britannique d’avant ce conflit : le régime des Tudor (XVIe siècle : le roi en son conseil face aux deux chambres, lords et communes, du Parlement correspondant exactement au président en son cabinet face aux deux chambres, représentants et sénat, du Congrès – les pèlerins du Mayflower ont quitté l’île britannique au début du règne des Stuart, des décennies avant le conflit). Il y a bien sûr des différences entre le régime Tudor et le régime de Washington, mais aucune qui empêcherait un président ayant la volonté, l’opportunité et l’habileté, d’assumer des pouvoirs monarchiques, à la Henry VIII, roi Tudor ayant fait ramper le Parlement à ses pieds. La conjonction de ces trois éléments ne s’est tout simplement jamais faite dans toute l’histoire des États-Unis, et, avec ce que Steve Bannon a appelé « l’âge de Trump », nous sommes donc en train de vivre un moment réellement historique à cet égard.

Entre droit et pacte

Il y a, cependant, un hic : Trump fait effectivement ramper le Congrès à ses pieds, parce que ce dernier est contrôlé par un parti qui lui est totalement dévoué, en dehors de quelques dissidents vite écrasés ou qui ne comptent pas. Mais si les élections de mi-mandat font basculer le Congrès dans le camp démocrate, son emprise sur lui se relâchera, et des trois éléments mentionnés plus haut, l’un, l’opportunité, en sortira considérablement affaibli. On peut s’attendre alors à un conflit entre Trump et le Congrès, ce d’autant que cette fois, les démocrates ont accumulé, au cours de longs mois d’impuissance outragée, le genre de colère froide qui permet de faire le maximum de mal dès qu’on en aura les moyens. Trump le sait bien et se rend compte qu’il ne lui reste probablement – je dis probablement car les Républicains pourraient gagner : cela est peu probable mais pas impossible – que dix mois de totale liberté de manœuvre.

Ce sont dix mois de grand danger : sous la pression de l’horloge à retardement des élections de mi-mandat, il va s’efforcer d’établir le maximum de faits accomplis, c’est-à-dire d’avancées dans son programme malfaisant, aussi bien au plan intérieur qu’international : il y a donc un chemin fort cahoteux à venir, d’autant que Trump est à prendre très au sérieux lorsqu’il a déclaré, dans un entretien récent avec le New York Times : « Ma propre moralité. Mon propre esprit. C’est la seule chose qui peut m’arrêter. » Or il n’a pas de moralité et son esprit est plein d’impulsions mauvaises et d’idées à courte vue. C’est l’esprit d’un enfant gâté incapable d’empathie et d’introspection et qui a en lui-même une confiance illimitée.

Sur le plan international, l’Affaire Venezuela actuellement en cours est particulièrement effrayante parce qu’elle a révélé à Trump que là où la méthode économique a donné peu de résultats – sa tentative d’en obtenir à travers une guerre commerciale tout azimuts n’ayant pas fait florès – la méthode militaire pourrait en donner. Il ne faut pas trop demander, « quels résultats cherche-t-il ? » Si vous allez dans cette direction et essayez de rationaliser les actes de Trump, vous aurez du mal à expliquer le bombardement au Nigeria (qu’il menace de réitérer). Ou même le kidnapping de Maduro, qui n’avait aucun caractère ni de nécessité ni même d’expédience. Ivre de la superpuissance américaine, Trump y a trouvé occasion à agir comme une divinité, dont les intentions seraient impénétrables (il aime à le faire sentir, rembarrant une fois Emmanuel Macron qui pensait qu’il avait quitté un sommet du G7 au Canada pour aller œuvrer à un cessez-le-feu entre l’Iran et Israël. Macron, dit-il, ne sait pas ce que je vais faire, personne ne sait ce que je vais faire. Au lieu de cessez-le-feu, il fit bombarder l’Iran, tel Jupiter tonnant).

Trump est plus épiméthéen que prométhéen, plus empirique que visionnaire. Il a une idée générale de ce qu’il veut, faire revivre l’âge doré américaine, et il tente les méthodes mises à sa disposition par les vastitudes de la puissance américaine. La méthode militaire, tant qu’elle est appliquée à des pays bien plus faibles et ne disposant pas de l’arme nucléaire, semble utilisable. Mais de façon inhérente, elle a quelque chose de plus dangereux que la méthode économique.

Sans explorer tous ses dangers, on peut déjà noter le fait qu’elle est infiniment plus destructrice du droit car elle est l’incarnation même de la force brute.

Du point de vue du droit, le monde a fait des progrès extraordinaires au XXe siècle, surtout suite aux deux guerres mondiales – qui ont révélé le caractère annihilateur de l’absence de droit, aussi bien à l’interne qu’à l’externe. Cela a servi en particulier les faibles.

Jusqu’au XXe siècle, il y avait un droit de conquête, un « prétendu droit », selon les mots de Jean-Jacques Rousseau, auteur d’une diatribe mordante contre l’occupation coloniale des Amériques par l’Espagne et le Portugal, mais néanmoins un droit reconnu des puissances du temps. Le fait de juste entrer dans un pays plus faible et l’occuper, que Trump admira chez le « génial » Poutine, était chose si commune alors que personne n’y aurait vu un quelconque acte de génie. C’est au titre de ce droit de conquête que les Européens ont colonisé l’Afrique au XIXe siècle. Mais ce droit existait aussi en Afrique : au XIXe siècle, il a été exercé, dans la région sahélienne, par les Peuls contre les États haoussa ; et par les Abyssins contre les Oromo et autres peuples du sud éthiopien, donnant naissance au Califat de Sokoto (lorsque les Britanniques exercèrent leur propre droit de conquête contre ledit califat, il n’était pas encore connu sous ce nom par eux, et ils l’appelèrent « l’Empire peul ») et à l’Empire d’Éthiopie. On peut aussi mentionner Chaka en Afrique du Sud, Rabat dans les régions du Tchad, Samory en Afrique occidentale – tous considérés comme des « résistants » par l’hagiographie anti-impérialiste, alors qu’ils étaient eux-mêmes des conquérants, c’est-à-dire des bâtisseurs d’empire.

La première guerre mondiale a été si cataclysmique qu’elle a enfin donné leur chance aux ouvriers du droit international. Ces derniers s’escrimaient à le faire vivre depuis des décennies, autour notamment de conventions adoptées à Genève et à La Haye vers la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Mais il fallut attendre cette énorme boucherie au cœur du monde des puissances pour que ces efforts aboutissent à un commencement de droit international. En ce qui concerne les colonies, l’idée du mandat émergea à ce moment-là : c’est-à-dire que les colonies avaient le droit d’être traitées non pas comme des possessions – des prises de guerre – mais des pupilles, dont le bien-être n’était pas simplement un moyen, mais une fin. Bien entendu, le droit mandataire n’était applicable en tant que tel que dans les anciennes possessions des vaincus – l’Empire allemand et l’Empire ottoman – passées sous le contrôle des vainqueurs – la Grande-Bretagne et la France. Mais l’esprit de ce droit passa aussi dans la gestion des possessions des vainqueurs, ouvrant notamment carrière à la lutte pour l’indépendance qui pouvait se baser sur un rejet du droit de conquête – chose tout simplement inconcevable dans les temps anciens.

La seconde guerre mondiale a davantage renforcé cette dynamique puisqu’à son terme, au vu des horreurs sans nom commises par les Nazis, le droit humain s’est ajouté au droit international. Le crime contre l’humanité et le crime de guerre sont entrés dans le droit, jetant sur les agissements des puissances coloniales une lumière lugubre qui légitima davantage le processus de décolonisation et le droit des peuples plus faibles à la souveraineté. Le texte de Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme (1955) est un véritable fruit de cette époque. Il s’inscrit bien sûr dans une tradition anticoloniale qui, dans le domaine français, date au moins des textes que Diderot a écrit pour l’Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes (édité par l’Abbé Raynal dans les années 1770). Mais il tire de la sorte de prise de conscience qui s’était faite à la suite de la guerre nazie une résonance particulière : il l’a d’ailleurs bien compris et a eu l’habileté et l’esprit de pertinence de filer une comparaison entre les abus du colonialisme et ceux du nazisme, véritable stade ultime du colonialisme.

Depuis ces deux grands tournants, nous vivons, ou avons cru vivre dans un monde où le droit international, s’il ne protège pas effectivement tous les faibles, leur offre tout de même des protections qui eussent été inconcevables en d’autres temps. La force n’est pas éliminée, mais elle est contrainte ; et il existe des règles qui permettent d’agir comme si les tensions géopolitiques n’étaient qu’un résidu du monde d’avant le droit qu’il s’agirait de contenir et réduire.

Le problème c’est que le droit n’est pas effectif sans une force subalterne qui le défende et le garantisse. Dans les circonstances existantes au lendemain de la seconde guerre mondiale, le monde n’a ni pu, ni su mettre en place une force internationale capable de faire la police du droit international. En fin de compte, il a fallu passer par un pacte avec les puissances disposant de capacités suffisantes pour une telle œuvre de police : les États-Unis à travers la planète, l’Union soviétique en Europe de l’Est et en Asie centrale, la France dans son pré carré africain. Bien entendu, ces puissances n’ont pas résisté à la tentation de mettre le pacte à leur service, suivant les diverses contingences et opportunités qui se présentaient.

Après la fin de la guerre froide, tous ces pactes furent consolidés sous l’égide des États-Unis, alors que l’Union soviétique se dissolvait et que l’emprise de la France sur son pré carré entrait en déclin (nous parlons des années 1990). Personne n’a voulu trop se demander ce qui arriverait si le garant du pacte le rompait. Il y a déjà eu le signe annonciateur de l’invasion de l’Irak en 2003, qui, pour moi personnellement, fut le moment où la confiance réflexe aux États-Unis que le pacte générait s’est dissipé (peut-être parce que je me trouvais alors dans le pays et voyais ses agissements de l’intérieur). Et puis, au fil des années 2000-2010, alors que la Russie redevenait une grande puissance ou en tout cas retrouvait ses ambitions de grande puissance ; et que la Chine se constituait en grande puissance, la question qui aurait dû hanter les esprits était : qu’arriverait-il si ces deux États enfreignaient le pacte ?

En ce qui concerne la Russie, c’est ce qui s’est produit en 2022. Et si la Chine se limite pour l’instant à des transgressions secondaires – sauf, bien sûr, du point de vue des États de la mer de Chine –, Israël a démontré toute l’inanité du pacte dans sa politique de terreur et de génocide en Palestine. Aujourd’hui, le garant du pacte lui-même assume pleinement de le rompre et de le jeter aux orties.

Encore une fois, cependant : contrairement à la Russie, les États-Unis ont un droit politique intérieur vivant – ce qu’on appelle « démocratie ». Si Poutine a maintenu la pression sur l’Ukraine au temps de Biden, c’est parce qu’il prenait son mal en patience, et comptait sur la démocratie américaine pour lui offrir ce qu’il estimait être sa chance : une seconde présidence Trump. Mais de même, ses adversaires européens se trouvent aujourd’hui dans une position similaire et ménagent Trump jusqu’à ce que le cycle démocratique américain leur soit de nouveau favorable. Tant que le droit intérieur américain n’a pas été oblitéré, une simple administration (au sens américain) comme celle de Trump – même avec le caractère de coup d’État permanent qu’elle a prise – ne saurait enferrer la politique extérieure américaine dans une voie unique, au point d’aboutir à faire revivre ce rêve de l’âge doré. Trump et ses révolutionnaires poursuivront ce rêve au prix d’énormes dégâts, aussi bien à l’intérieur de leur pays que sur le théâtre du monde : mais ils ne le réaliseront pas.

Peut-être, cependant – et on ne peut que l’espérer – parviendront-ils à nous faire prendre conscience à tous que la tâche de construction du droit international ne saurait dépendre de pactes de puissance, lesquels ont tendance à rendre le droit subalterne aux intérêts.

Une autre réalité qu’il faudra bien accepter à cet égard, en dépit des apparences de liens idéologiques avec le libéralisme politique, c’est qu’il existe des liens logiques impossibles à défaire entre le droit politique intérieur, le droit humain, et le droit international. (Les progressistes et les conservateurs sont ceux qui, pour des raisons par ailleurs divergentes, dénoncent ces dits liens).Ce disant, je pense en particulier à ces pays africains où existent de puissants mouvements de rejet des deux premiers droits, et pourtant de lamentation sur le fait que les puissances, en particulier « occidentales » – on inclue volontiers dans ce lot les Européens, et bien entendu, les ressortissants de l’ex-pré carré français restent obsédés par la « puissance » de la France – piétineraient le droit international à tout va. Les États du Sahel se sont récemment fendus d’une espèce de lettre ouverte dans laquelle ils défendent, au nom du droit international, la « souveraineté bafouée » du Venezuela : le fait est que les Vénézuéliens eux-mêmes ne défendent pas tant que cela Maduro, pour la simple et bonne raison qu’il a piétiné le droit politique interne. S’il avait été un président légitime de ce point de vue, l’acte transgressif de Trump aurait eu des conséquences bien plus graves au Venezuela et par répercussion, aux États-Unis mêmes. Ce qui pourrait autoriser dans l’avenir de tels actes, ce n’est pas seulement la faiblesse des pays visés (bien que ce soit là effectivement la condition première), mais aussi l’inanité de leur droit politique interne. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

Droit et révolution

Par ailleurs, et pour parler d’un point de vue plus universel, le droit ne vaut que s’il s’affirme force radicale et moteur de progrès en mesure de subvertir et transcender les conditions actuelles qui nourrissent les iniquités systémiques. C’est le droit qui doit être révolutionnaire, et non un président américain anti-droit. Par exemple, un droit humain à la migration et à l’hospitalité pourrait être opposé de façon révolutionnaire au régime de la forme close que Trump et, de façon plus hypocrite, l’Union Européenne, veulent préserver à travers la force. Un tel droit est révolutionnaire parce qu’il subvertirait le monde de la forme close – des États-nations – né en Europe au XVIe-XVIIe siècle et dans lequel nous vivons tous aujourd’hui.

Mais c’est une autre histoire.


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Par Rahmane Idrissa

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