A la veille du 3 mai déclaré journée internationale de la liberté de la presse, Reporters Sans Frontières rend public son rapport sur l’état de la liberté de la presse dans le monde. Le classement annuel de Reporters Sans Frontières (RSF) dresse un constat sévère : dans une majorité de pays, informer devient plus risqué, plus contraignant et souvent plus coûteux. Selon RSF, la liberté de la presse en 2026 confirme une tendance lourde : elle recule à l’échelle mondiale à un rythme préoccupant.
L’organisation de défense de la liberté de la presse évoque un niveau global « au plus bas depuis 25 ans », révélateur d’un basculement où le journalisme est de plus en plus perçu comme une menace par les pouvoirs politiques plutôt que comme un contre-pouvoir légitime.
Le sommet du classement reste dominé par des démocraties européennes aux systèmes institutionnels solides. En 2026, la Finlande occupe la première place mondiale, suivie de la Norvège (2e), des Pays-Bas (3e), de la Suède (4e) et du Danemark (5e). Ces pays offrent un environnement favorable marqué par la protection juridique des journalistes, l’indépendance des médias et un faible niveau de pressions politiques. Ce leadership nord-européen, stable dans le temps, contraste fortement avec la dégradation observée ailleurs.
À l’opposé, le bas du classement illustre une fermeture quasi totale de l’espace médiatique. L’Érythrée arrive dernière (180e), précédée par la Corée du Nord (179e) et la Chine (178e). Dans ces États, l’information est strictement contrôlée, les médias indépendants inexistants et les journalistes exposés à des sanctions lourdes, voire à l’emprisonnement systématique.
L’Afrique présente un tableau contrasté. Certains pays se distinguent par des performances relativement appréciables à l’échelle régionale. C’est le cas notamment de l’Afrique du Sud (1er en Afrique, 21e au plan mondial), la Namibie (2e en Afrique, 23e mondiale) et le Cap-Vert (3e en Afrique et 40e au classement mondial). Ces pays figurent parmi les mieux classés du continent. Toutefois, ces exceptions ne masquent pas une tendance globale à la dégradation, particulièrement marquée dans les zones confrontées à l’instabilité politique et sécuritaire. Le Niger est classé 120e en 2026, le pays enregistre une chute significative par rapport à 2025, où il occupait la 83e place avec un score de 57,05 points, soit une perte de 37 rangs. Pour justifier cette position du Niger, le rapport de RSF relève des restrictions imposées aux médias avec le renforcement de l’arsenal juridique, notamment à travers la loi sur la cybercriminalité, facilitant les poursuites contre des journalistes. Parallèlement, l’environnement sécuritaire dégradé et la fragilité économique des organes de presse ont contribué à réduire considérablement l’espace de liberté.
Dans ce contexte, plusieurs professionnels des médias sont actuellement détenus au Niger. Il s’agit de Gazali Abdou Tassawa, correspondant de la Voix de l’Allemagne à Niamey ; Hamid Mahmoud, journaliste à Rafio Sahara FM Agadez ; Oumarou Kané, Directeur de publication du journal Le Hérisson ; Ibro Chaibou, journaliste du groupe de presse Saraounia ; Youssouf Seriba, Directeur de publication de Les Échos du Niger ; Zada Bagué, Directeur de publication du journal Toubal Info ; et Moussa Tchangari, acteur de la société civile et Directeur de publication du journal Alternative. De nombreuses voix appellent à leur libération.
Au-delà des chiffres, le classement 2026 met en lumière une crise structurelle du journalisme. Dans de nombreux pays, la liberté de la presse est sacrifiée au nom de la sécurité nationale, de la stabilité politique ou du contrôle de l’information. Cette instrumentalisation fragilise le rôle des médias comme garants de la transparence et de la redevabilité.
Ainsi, le rapport de RSF pour 2026 ne se limite pas à un simple état des lieux : il constitue un avertissement. Si cette dynamique se poursuit, la liberté d’informer risque de devenir une exception dans un nombre croissant de pays, avec des conséquences directes sur la qualité du débat public et la vitalité démocratique à l’échelle mondiale.
Mahamadou Tahirou






