Le ministre de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’Information, M. Adji Ali Salatou, a rencontré, le 10 avril dernier, dans l’amphithéâtre de l’École Supérieure des Communications Électroniques et de la Poste (ESCEP) de Niamey, les acteurs de la communication que sont les journalistes des médias privés et publics, les animateurs des radios communautaires, les web activistes, les influenceurs et les bloggeurs. Le président de l’Observatoire National de la Communication (ONC). M. Ibrahim Manzo Diallo, était aussi de la rencontre. Actualité oblige, l’ordre du jour a porté sur la mobilisation générale, pour défendre la patrie, décidée par le chef de l’Etat par ordonnance.
L’objectif affiché est clair : faire de ces acteurs de la communication un levier central dans la guerre informationnelle que livrerait le Niger face aux menaces internes et externes. Dans un contexte de tensions sécuritaires auxquelles les pays du Sahel central font face, les autorités entendent encadrer la circulation de l’information tout en mobilisant les consciences autour d’un narratif national unifié.
Dans son intervention, le président de l’ONC a annoncé l’adoption prochaine d’une délibération qui fixera de nouvelles dispositions strictes pour le traitement de l’information en période de crise. Entre liberté de la presse et l’impératif de sécurité nationale, il a insisté sur la nécessité d’un équilibre « délicat mais essentiel ». Vérification rigoureuse des sources, prudence sur les sujets sensibles, lutte contre la désinformation et responsabilisation des acteurs du numérique constituent les piliers de cette future délibération.
Quant au ministre Adji Ali Salatou, il a appelé à une mobilisation sans réserve. Selon lui, chaque communicant doit devenir un acteur engagé au service de la nation. Dans cette logique, la communication n’est plus seulement un métier, mais un front stratégique. L’ordonnance 2025-42 du 26 décembre 2025, organisant le passage de l’état de paix à l’état de guerre, confère ainsi aux médias un rôle central dans le renforcement de l’unité nationale et de la résilience collective.
Lors des échanges, plusieurs participants ont salué l’initiative, reconnaissant la nécessité d’une coordination accrue face aux défis actuels. Toutefois, d’autres voix, plus critiques, ont brisé l’élan consensuel en mettant en lumière la précarité criante des médias privés marquée par des arriérés de salaires persistants et leur incapacité à faire face aux charges de fonctionnement. Les ressources se font rares du fait notamment de l’effondrement du marché publicitaire. Dans ce contexte de « vaches maigres », les médias peinent à assurer leur fonctionnement minimal, encore moins à répondre aux exigences accrues d’une communication responsable et stratégique pour défendre la patrie.
Plus préoccupant encore, l’absence du fonds d’aide à la presse depuis bientôt trois ans. Pour nombre de professionnels, ce soutien étatique constitue un mécanisme vital pour garantir la survie et l’indépendance des organes de presse. Son interruption fragilise davantage un secteur déjà en crise structurelle.
La question des journalistes sous mandat de dépôt a également été soulevée avec insistance. Plusieurs intervenants ont plaidé pour leur libération, estimant que leur place n’est pas en prison, mais aux côtés de leurs confrères pour contribuer à l’effort national.
Au terme de la rencontre, aucun engagement concret n’a été pris ni aucun document officiel signé entre les parties. Seules les perspectives évoquées dans les discours, notamment celui du président de l’ONC, constituent pour l’heure la feuille de route annoncée.
Ce flou alimente les interrogations : Quelle sera la réponse des autorités face aux doléances exprimées ? Des mesures urgentes seront-elles prises pour améliorer les conditions de vie et de travail des journalistes ? Et surtout, comment mobiliser efficacement une profession fragilisée, tiraillée entre devoir patriotique et survie économique ?
La mobilisation générale des médias ne pourra être effective sans un minimum de garanties sociales, économiques et juridiques. Car un journaliste précaire est-il réellement en mesure de produire une information libre, fiable et responsable ? Au Niger, l’équation est désormais posée : concilier exigence de souveraineté informationnelle et respect des droits fondamentaux des professionnels des médias.
Mahamadou Tahirou





