Les premiers signaux de la campagne agropastorale 2026 sont encourageants dans plusieurs régions du Niger. Les semis ont été largement effectués et les pâturages commencent à profiter des pluies. Mais derrière cette embellie se cache une équation plus complexe, celle de transformer une saison pluvieuse relativement favorable en récoltes suffisantes et en ressources pastorales durables, tout en limitant les effets des aléas climatiques et de la pression sur les terres.
Dans l’ensemble du pays près de 85% des 15.000 villages agricoles, l’installation de la campagne agricole apparaît particulièrement avancée. Selon les données globales du ministère de l’agriculture et de l’élevage, tous ces villages agricoles avaient effectué leurs semis à la fin juin. Des semences améliorées et des engrais ont également été mis à la disposition des producteurs. À Niamey, le Réseau national des chambres d’agriculture faisait état d’une évolution globalement satisfaisante de la campagne.
Mais dans un pays où agriculture et élevage sont étroitement liés, mesurer la campagne à la seule progression des cultures serait incomplet. Les pluies reconstituent également les pâturages, remplissent les mares et améliorent progressivement les possibilités d’abreuvement des animaux. Pour les éleveurs, cette disponibilité de l’eau et du fourrage peut réduire la pression sur les parcours et limiter les déplacements précoces du bétail.
Là encore, l’optimisme doit cependant rester mesuré. Une pluviométrie mal répartie peut créer des poches de déficit fourrager tandis que des pluies intenses peuvent dégrader les pâturages, provoquer des ruissellements ou isoler temporairement certaines zones. La question de l’accès à l’eau demeure donc déterminante, notamment pour les troupeaux transhumants.
Cette interdépendance entre agriculteurs et éleveurs constitue l’un des principaux enjeux de la campagne. À mesure que les cultures grandissent, les espaces réservés au passage et au pâturage du bétail deviennent plus sensibles. La protection des couloirs de passage, des aires de pâturage et des points d’eau n’est donc pas seulement une question foncière, elle participe directement à la prévention des conflits ruraux et à la préservation des moyens d’existence.
Les prévisions météorologiques pour 2026 offrent une perspective relativement favorable, avec des cumuls de pluies annoncés globalement normaux à excédentaires sur une grande partie de la bande agropastorale. Mais les services météorologiques signalent également des risques de séquences sèches et une possible fin précoce des pluies dans certaines zones.
À cette incertitude climatique s’ajoute la fragilité des ressources naturelles. À Maradi pour la Journée nationale de l’Arbre, célébrée le 3 août, autour du thème de la restauration des bases productives, rappelle que la terre, l’eau, les arbres et les pâturages constituent un même capital écologique. Restaurer les terres agricoles sans préserver les parcours pastoraux serait une réponse incomplète..
L’enjeu de la campagne 2026 est donc double, notamment celui de récolter suffisamment et de nourrir durablement les troupeaux. Cela suppose de renforcer les points d’eau, sécuriser les couloirs de transhumance, restaurer les terres dégradées, prévenir les conflits entre agriculteurs et éleveurs et développer davantage les cultures fourragères.
Le Niger peut espérer une campagne favorable. Mais l’abondance des pluies ne garantit ni une bonne récolte ni un pâturage durable. La véritable réussite sera celle d’une campagne capable de faire progresser simultanément la production agricole, l’élevage et la gestion des ressources naturelles. C’est à cette condition que l’embellie climatique pourra se transformer en sécurité alimentaire et pastorale durable.
Mahamadou Tahirou





