Tribune libre : 29 juillet 1991, 29 juillet 2026, 35 ans que s’est tenue la conférence nationale du Niger !

Par Kalla Moutari

29 juillet 1991, 29 juillet 2026, 35 ans que s’est tenue la conférence nationale du Niger. Plus d’un quart de siècle déjà. C’est néanmoins si peu dans la vie d’une nation. Peut-être assez pour un système de gouvernance de faire ses preuves. Mais on ne laissa pas le système de mûrir et de se consolider. 10 ans de régimes militaires avait parsemé son cours. Et pourtant que de procès pour insuffisance de résultats d’une gouvernance qu’on n’a jamais laissé se donner le nécessaire libre court qui lui aurait permis de tenir toutes ses promesses.

Le premier régime issu d’élections libres, plombé par le marasme économique hérité du régime militaire et les difficultés des premiers pas de la nouvelle expérience de gouvernance, n’avait pas survécu à son premier mandat de 5 ans. Le coup d’état militaire de Baré promit une rectification, une clarification des rôles des institutions et de leurs relations. Le régime militaire ne promit pas des prouesses économiques ou financières. Il sapa d’ailleurs les acquis des années 1993-1996. Aucun investissement, mais plutôt réductions et arriérés de salaires. Sur le plan institutionnel, le général Bare ne réinventa pas la roue; son régime fut un régime presidentiel des plus classiques. La deuxième République ressuscitée dans une dite quatrième. Ce fut tout. On lui conseilla de tronquer son treillis militaire contre le boubou civil. Ambition personnelle diriez-vous. Il brigua le fauteuil présidentiel et il perdit….la suite est connue.

L’expérience Baré Mainassara fit donc long feu. Moins d’un mandat pour faire place à une courte transition militaire avec Wanké. Celui-ci n’eut d’autres ambitions que celle d’organiser des élections libres au bout de 9 mois. Sa prouesse fut de  restaurer la 3e république dans ce qui sera la 5e république.

Le président Tandja vint à l’issue d’un scrutin libre, apaisé. Deux mandats consécutifs. Pour la 1ere fois qu’on eut une telle performance (politique et institutionnelle, financière et économique), on lui conseilla de continuer pour un troisième mandat ou un…bonus. Sa 6e république qui n’était en réalité qu’une copie de la 4e république de Bare dura quelques mois.  Le régime fut renversé et sisyphe roula encore sa pierre pour remonter la montagne. Un an de transition et le président Issoufou vint sous la 7e république, en réalité la restauration de la 3e ou la 5e République. A peine 3 ans, il connut sa première crise politique qu’il surmonta au prix de mille compromis. L’intérêt du pays, la stabilité des institutions et la crédibilité de la classe politique le commandaient.

Il échappa néanmoins à plusieurs tentatives de coup d’état dont la dernière à la fin de son mandat et à deux jours de l’investiture du président Bazoum lequel fut renversé à peine à deux ans et demi de son unique mandat. On n’a pas besoin d’être PNDS pour se rappeler des transformations engagées. Jamais les perspectives n’ont été aussi bonnes que pendant cette période 2011-2023 pour notre pays. Certains investissements importants  actuellement en cours de réalisation et même qui viennent d’être lancés avaient été négociés depuis cette période. Quant à l’insécurité, elle reculait significativement partout. Ça aussi c’est connu, c’est attesté. La période 1999-2009 avait certes eu ses mérites indéniables. Je l’avais noté plus haut.

Qui pariera que 26 juillet 2023 sera la fin de la damnation de Sisyphe?

Aurait-on raison de faire le procès d’échec à un système de gouvernance qu’on s’échine à interrompre chaque fois qu’il tente de prendre son envol? L’expérience Béninoise suit son cours, sans interruption depuis 1990. Même le Nigeria dont on ne manque jamais de relever le désordre caractéristique continue son expérience depuis 1998. Le Ghana est cité comme la démocratie la plus stable depuis 1992. Je ne parle pas du Sénégal qui n’a jamais connu d’interruption de sa marche! Aucune de ses démocraties ne se vanterait pourtant d’avoir des textes parfaits ni des institutions idéales. Aucune ne prétendrait n’avoir jamais connu de crises. Et personne de raisonnable ne pariera qu’il n’y en aura pas dans l’avenir. Qui dirait que dans ces démocraties on ne ferait pas usage de l’argent, de fausses promesses, de démagogues, ou que la corruption n’aurait pas cours.

C’est quoi notre problème à nous?

Une armée trop politisée ou clivée?

Une classe politique et une société civile peu exigeantes?

Un pays encore sous l’emprise d’une idéologie féodale et aristocratique séculaire? Peut-être tout cela à la fois.

Il est temps que nous nous mettions au chevet de notre pays avec une seule vérité dans la tête: seule la démocratie sied à un peuple souverain. Elle est le seul moyen de reconnaître sa souveraineté au peuple. Cette souveraineté populaire qui s’exprime dans les débats contradictoires et les votes libres. Y’a-t-il  de souveraineté sans débats contradictoires, sans vote libre, sans liberté d’expression, sans liberté de s’organiser, sans la liberté de choisir, sans une délibération populaire intelligible libre..  On ne saurait priver le peuple de la jouissance de sa souveraineté sous prétexte que l’argent achèterait son opinion et son vote. Que dire alors du populisme et de la démagogie ambiante improductifs, qui manipulent les consciences sans les avantages pécuniaires, sans les libertés individuelles et collectives que procure la « fausse » démocratie. Sans le bien-être attendu.

Une conclusion s’impose dans mon esprit: la démocratie ne s’installera dans notre pays que le jour où nous refuserons toute compromission avec les non démocrates et les anti-démocrates, avec les anti républicains. Que le jour où s’imposera à tous que nous sommes des citoyens du même pays, d’une même république, donc tous égaux en droit. Que le jour où nous conviendrons que l’armée n’a d’autres rôles que celui de la défense du territoire et celui  d’exécuter des taches de développement que le pouvoir civil lui confierait.

Un tel sursaut est possible. Militaires et civils sauront mettre l’intérêt de notre pays au-dessus de tout. L’intérêt de notre pays qui ‘est la démocratie, seul mode de gouvernance qui sied au citoyen de la République; l’intérêt de notre pays qui est la stabilité, la paix sociale, la sécurité, le développement dans un état qui protège et secourt.

Kalla Moutari

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