Le comité de politique monétaire de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), s’est réuni le 9 septembre 2026 à Dakar, au Sénégal. Il a décidé de reconduire à 3 % son principal taux directeur, à 5 % le taux du guichet de prêt marginal et à 3 % le coefficient des réserves obligatoires. Une stabilité assumée au moment où l’UEMOA affiche une croissance robuste, mais où l’inflation recommence à pointer.
À première vue, les voyants sont au vert. La croissance régionale s’est établie à 6 % au deuxième trimestre 2026, après 6,1 % au premier, et devrait atteindre 6,1 % sur l’ensemble de l’année. Le crédit au secteur privé a progressé de 6,6 % à fin juin, contre 6 % trois mois auparavant. Mais ces chiffres soulèvent une question que les agrégats régionaux ne suffisent pas à résoudre : qui bénéficie réellement de cette croissance ?
Pour des économistes indépendants, le taux directeur constitue un signal important, mais il ne garantit nullement que le crédit devienne automatiquement accessible aux entreprises. Entre le refinancement des banques et le financement d’une PME, d’un agriculteur ou d’un commerçant, subsistent les exigences de garanties, l’évaluation du risque, les capacités de remboursement et le coût global du crédit. Autrement dit, une monnaie relativement accommodante ne produit des investissements que si elle parvient effectivement jusqu’aux acteurs économiques.
C’est précisément là que le cas nigérien mérite attention. Le maintien du taux à 3 % offre un environnement monétaire stable. Mais si les entreprises continuent de considérer le crédit bancaire comme trop coûteux, trop risqué ou difficile à obtenir, l’effet sur l’économie productive restera limité. La question n’est donc plus seulement de savoir si l’argent est disponible dans le système bancaire, mais à quelles conditions il atteint ceux qui doivent produire, investir et créer des emplois.
L’autre signal d’alerte vient des prix. Après – 0,2 % au premier trimestre, l’inflation est remontée à 0,4 % au deuxième trimestre. La BCEAO prévoit une moyenne de 1 % en 2026, contre 0 % en 2025. Une progression encore modérée, certes, mais qui pourrait être alimentée par les produits pétroliers, le transport et certaines denrées alimentaires.
Pour le Niger, pays fortement dépendant des coûts de transport et des flux d’approvisionnement, le sujet est loin d’être théorique. Une hausse de l’énergie se transmet aux marchandises, au transport et, in fine, au panier des ménages. Les tensions géopolitiques internationales peuvent éventuellement amplifier cette vulnérabilité.
Dès lors, une autre interrogation s’impose: jusqu’où la BCEAO pourrait-elle privilégier la stabilité des taux si les pressions inflationnistes venaient à s’intensifier ?
Pour l’heure, la Banque centrale choisit de ne pas modifier sa politique. Le choix peut se comprendre au regard d’une croissance régionale qui demeure solide. Mais pour le Niger, le véritable test commence après la décision de Dakar : transformer la stabilité monétaire en investissements, en crédit productif, en activité et en pouvoir d’achat.
Car une croissance de 6,1 % dans les tableaux statistiques ne saurait, à elle seule, constituer une réponse si elle ne se traduit pas par davantage d’opportunités dans l’économie réelle. La stabilité monétaire est un moyen. Son véritable bilan se mesurera dans les banques, les entreprises, les exploitations agricoles, les marchés et surtout dans le portefeuille des ménages.
M. Tahirou





