Au Septentrion nigérien : jeu d’alliances aux frontières du Sahara

Le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, a signé, dimanche 1er novembre 2026, à Benghazi, dans l’est de la Libye, un protocole de coopération stratégique avec les autorités de l’Est libyen. Reçu par Saddam Haftar, vice-commandant des forces armées de l’Est, en présence d’Oussama Hammad, chef du gouvernement basé à Benghazi, le Premier ministre était accompagné du chef d’état-major des armées, le général Mamane Sani Kiaou, et d’autres responsables de la hiérarchie militaire.

Les dispositions détaillées de l’accord n’ont pas été rendues publiques. Niamey cherche, selon toute vraisemblance, à consolider ses positions dans un espace sahélo-saharien où les rapports de force évoluent rapidement.

On se rappelle que le 16 juin dernier, le Niger avait signé, à Tripoli, un mémorandum d’entente sur la coopération militaire avec le gouvernement d’unité nationale dirigé par Abdelhamid Dbeibah. La sécurisation des frontières, la lutte contre la criminalité transfrontalière et la migration irrégulière figuraient parmi les sujets abordés. En novembre, Niamey se tourne donc vers Benghazi, siège d’un pouvoir rival. Cette démarche peut être interprétée comme une volonté pragmatique de dialoguer avec tous les acteurs libyens.

L’autre pièce maîtresse de cette recomposition est l’Algérie. Après le réchauffement des relations consécutif à la visite du général Abdourahamane Tiani à Alger, en février 2026, et les échanges sécuritaires conduits par le ministre de la Défense nationale, le général Salifou Mody, en octobre dernier, le Parlement algérien a autorisé, le 25 octobre, le déploiement de militaires au Niger, à Madama. Le 30 octobre, Reuters rapportait l’arrivée d’un premier convoi militaire algérien à Arlit, sans que les effectifs ni le calendrier du déploiement complet ne soient précisés. Alger justifie cette opération par la protection de ses intérêts économiques et énergétiques. Le projet de gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger, auquel participe la société nationale algérienne Sonatrach, constitue notamment un enjeu stratégique. La sécurité et les intérêts économiques se rejoignent ainsi sur le même territoire.

Mais cette convergence intervient au moment où les relations avec le Tchad traversent une zone de turbulences. Niamey accuse N’Djamena d’avoir lancé, depuis son territoire et avec l’appui de la France, une frappe de drone dans la zone d’Emiloulou, le 24 octobre, qui aurait tué deux civils et blessé plusieurs personnes. Le gouvernement tchadien a nié toute implication et réclamé une enquête indépendante.

Autre signal révélateur : le 5 octobre dernier, l’Égypte, le Tchad et la Libye ont tenu, au Caire, une réunion consacrée à la lutte contre le terrorisme, les trafics transnationaux et à la relance de la CEN-SAD.

Pour Alger, sécuriser le sud et protéger ses investissements ; pour Benghazi, étendre son influence régionale ; pour N’Djamena, préserver ses intérêts et ses équilibres frontaliers : les motivations sont multiples. Pour Niamey, l’enjeu est de ne pas subir les recompositions en cours, mais d’en devenir un acteur majeur.

Reste une interrogation fondamentale : cette multiplication des accords bilatéraux construira-t-elle un véritable dispositif de sécurité collective ou installera-t-elle une compétition militaire aux portes du Niger ? Car, dans cette partie du Sahara, les frontières ne séparent plus seulement des États : elles concentrent désormais des intérêts énergétiques, des rivalités politiques et des ambitions stratégiques. Les populations nigériennes, elles, attendent que cette effervescence diplomatique se traduise concrètement par davantage de sécurité, de mobilité et de développement.

M. Tahirou

Related Articles

Stay Connected

0FansJ'aime
3,912SuiveursSuivre
0AbonnésS'abonner
- Advertisement -spot_img

Derniers Articles