CEDEAO-AES : Le rapprochement se concrétise

Le 17 octobre 2026, à Dakar, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Confédération des États du Sahel (AES) ont engagé un dialogue formel en vue d’établir un cadre de coopération. Cette avancée intervient après plusieurs appels de la diplomatie russe à la normalisation des relations entre les deux organisations. Sans pouvoir attribuer à Moscou la paternité de l’initiative, force est de constater que ses prises de position successives indiquent que la Russie n’est pas qu’un simple spectateur de ce rapprochement.

La rencontre de Dakar marque une nouvelle étape dans les relations entre la CEDEAO et les trois pays de l’AES (Niger, Mali et Burkina Faso). Réunis le 17 octobre 2026, les représentants des deux organisations ont convenu de poser les bases d’une coopération fondée sur le bon voisinage, le respect de la souveraineté et la prise en compte des intérêts des populations ouest-africaines (lire le communiqué final ci-dessous).

La délégation de la CEDEAO était conduite par Cheikh Niang, ministre sénégalais de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur, et celle de l’AES par Karamoko Jean-Marie Traoré, chef de la diplomatie burkinabé et président du comité ministériel de pilotage de la Confédération. Le communiqué conjoint prévoit la création de groupes de travail thématiques chargés de préparer un accord-cadre. Aucun retour des trois pays dans la CEDEAO n’y est annoncé.

Mais cette reprise du dialogue ne surgit pas dans un vide diplomatique. Depuis août 2025, Moscou a multiplié les signaux en faveur d’un rapprochement entre les deux ensembles régionaux. Le 7 août 2025, devant le Conseil de sécurité des Nations-unies, le diplomate russe Dmitri Choumakov avait salué la rencontre organisée le 22 mai à Bamako entre la CEDEAO et les ministres des Affaires étrangères de l’AES, présentée comme un exemple de « diplomatie discrète ».

Le 19 décembre 2025, au Caire, Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a poursuivi dans cette direction lors de sa rencontre avec Omar Alieu Touray, alors président de la Commission de la CEDEAO. Moscou a alors défendu un dialogue pragmatique entre les deux organisations, notamment face aux menaces communes, dont le terrorisme. Le 20 janvier 2026, Lavrov a réaffirmé la disponibilité de la Russie à contribuer à la normalisation des relations entre l’AES, la CEDEAO et l’Union africaine.

Trois prises de position, plusieurs mois de diplomatie et, finalement, une réunion ministérielle : la Russie ne peut être tenue pour étrangère au climat diplomatique ayant favorisé cette dynamique. La répétition de ses appels témoigne d’un intérêt politique assumé pour la décrispation régionale. Elle ne prouve toutefois ni que Moscou a conçu l’initiative de Dakar ni qu’elle en a dicté le calendrier ou les termes.

L’enjeu dépasse d’ailleurs les déclarations. Dans un espace sahélien confronté à l’insécurité et à la fragilisation des échanges, une coopération entre les deux organisations pourrait servir les intérêts des populations, mais aussi ceux des partenaires extérieurs désireux de préserver leur influence.

Reste désormais à mesurer les résultats. Les groupes de travail annoncés devront transformer les intentions en engagements vérifiables, sans que la coopération soit assimilée à une réintégration automatique de l’AES dans la CEDEAO.

M. Tahirou

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