Ouvert le 28 octobre et clôturé le 29 octobre 2026 à Moscou, le troisième Sommet Russie-Afrique a réuni Vladimir Poutine et des représentants de 48 pays africains, dont 22 chefs d’État. Coprésidée par le président russe et son homologue burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine, cette rencontre s’inscrit dans la continuité des éditions de Sotchi (2019) et de Saint-Pétersbourg (2023). La participation des chefs d’État a progressé par rapport aux 17 présents en 2023, mais demeure loin des 43 dirigeants réunis lors du premier sommet.
Cette mobilisation diplomatique n’a toutefois pas effacé les absences remarquées. Au Sahel, le général Assimi Goïta a représenté le Mali, tandis que le Burkina Faso était représenté par son Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, et non par le capitaine Ibrahim Traoré. Pour le Niger, la participation du général Abdourahamane Tiani a été annoncée, mais aux dernières nouvelles, il n’a pas pu effectué le déplacement de Moscou.
À l’agenda figuraient le commerce, les investissements, l’agriculture, la sécurité alimentaire, l’énergie, les ressources minières, les infrastructures, la coopération militaire, la santé, l’enseignement et les nouvelles technologies. Les discussions ont également porté sur la souveraineté économique, les systèmes de paiement alternatifs, la réforme de la gouvernance mondiale et l’utilisation civile de l’intelligence artificielle.
À l’issue des travaux, trois documents majeurs ont été adoptés : une déclaration finale, une déclaration sur la coopération dans l’utilisation civile de l’intelligence artificielle et un plan d’action du Forum de partenariat Russie-Afrique pour 2027-2029. Les recommandations insistent sur la diversification des échanges, l’industrialisation, les infrastructures, la coopération énergétique, l’approvisionnement en céréales et en engrais ainsi que la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent. La représentation permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité des Nations unies figure également parmi les revendications défendues.
Mais derrière cette architecture diplomatique, une question demeure : que gagneront concrètement les populations africaines ? Depuis Sotchi, les promesses de Moscou se succèdent. Pourtant, les volumes d’échanges restent modestes au regard des ambitions affichées. Selon les données avancées par Chatham House, le commerce russo-africain a dépassé 27 milliards de dollars en 2025, contre environ 348 milliards de dollars pour les échanges sino-africains et 355 milliards d’euros pour ceux entre l’Union européenne et l’Afrique. Le décalage est révélateur de la différence de poids économique entre ces partenaires.
La Russie dispose certes d’atouts : céréales, engrais, énergie, équipements militaires, exploitation minière et formation universitaire. Moscou affirme avoir exporté 18 millions de tonnes de céréales vers l’Afrique en 2025 et annonce près de 40 000 étudiants africains dans ses universités. Mais ces indicateurs ne suffisent pas à démontrer une transformation structurelle des économies africaines. Les retards de certains projets énergétiques et les interrogations sur les résultats de la coopération sécuritaire russe au Sahel invitent à distinguer les annonces des réalisations.
La comparaison avec les autres partenaires impose également du réalisme. La Chine pèse par ses investissements et ses infrastructures ; l’Union européenne par ses marchés et ses financements ; les États-Unis par leurs partenariats économiques et stratégiques ; la Turquie par son industrie et ses infrastructures ; l’Inde par ses capacités pharmaceutiques, technologiques et commerciales. Aucun de ces partenaires n’agit par philanthropie. Tous défendent leurs intérêts. La Russie ne saurait donc être dispensée de la même exigence de transparence et de résultats.
Pour les États africains, notamment ceux du Sahel, l’enjeu n’est pas de remplacer une dépendance par une autre, mais de diversifier leurs partenariats sans renoncer à leurs intérêts nationaux. Cela suppose des accords transparents, des financements identifiables, des calendriers précis et des mécanismes de contrôle.
Un prochain sommet sur le sol africain est désormais envisageable. À Moscou, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a proposé Addis-Abeba, siège de l’Union africaine, pour accueillir une future édition. Une proposition qui reste à formaliser.
Au fond, le troisième Sommet Russie-Afrique aura consolidé le dialogue politique et fixé de nouvelles orientations. Mais la diplomatie des déclarations ne nourrit pas les populations. Le véritable bilan se mesurera aux investissements effectivement réalisés, aux emplois créés, aux infrastructures livrées et aux technologies transférées. Pour l’Afrique, le partenaire le plus utile ne sera pas celui qui multiplie les promesses de solidarité, mais celui qui contribue, preuves à l’appui, à transformer ses économies.
M. Tahirou





