L’accident survenu le 7 août 2026 à la sortie de Doukou Doukou, dans le département de Madaoua, impliquant deux bus de compagnies STM et SONITRAV membres de l’Organisation patronale des gares modernes du Niger (OPGM), remet brutalement la sécurité du transport interurbain au centre du débat. Dans son communiqué du 9 août, l’organisation exprime sa compassion aux familles, rappelle les efforts consentis par les compagnies et appelle au respect pendant cette période de deuil.
Mais une question taraude l’esprit : combien de drames faudra-t-il encore subir pour que la prévention devienne une priorité permanente plutôt qu’une réaction à chaque catastrophe ?
Les chiffres cités par l’OPGM donnent la mesure du problème. En 2025, selon les données de l’Agence nigérienne de la sécurité routière (ANISER), le Niger aurait enregistré 7 116 accidents corporels, 1 245 décès, 4 439 blessés graves et 7 876 blessés légers. Soit, en moyenne, 19,5 accidents corporels et 3,4 décès par jour. Ces statistiques concernent l’ensemble du trafic et ne permettent pas d’attribuer ces accidents aux seuls bus interurbains. Elles montrent néanmoins l’ampleur d’un problème qui dépasse largement le seul secteur du transport moderne.
L’OPGM affirme que les compagnies modernes assurent près de 90 % des déplacements interurbains. Leur responsabilité en matière de sécurité est donc majeure, mais elle ne saurait être isolée de celle des pouvoirs publics, des conducteurs, des usagers et des gestionnaires des infrastructures.
La première urgence concerne le facteur humain. Formation continue, contrôle des temps de conduite, repos obligatoire, lutte contre la vitesse excessive et surveillance des comportements à risque doivent devenir des exigences vérifiables. Un chauffeur épuisé n’est pas seulement un professionnel en difficulté, il devient, malgré lui, un facteur de risque pour des dizaines de passagers.
Deuxième chantier concerne le véhicule. Les contrôles techniques doivent être rigoureux, réguliers et traçables. Freins, pneumatiques, direction, éclairage et systèmes de sécurité doivent faire l’objet d’une maintenance préventive. Un carnet numérique de maintenance pour chaque bus permettrait de suivre son état technique et d’éviter que le contrôle ne se réduise à une formalité administrative.
Troisième enjeu, c’est la route. Une politique sérieuse doit identifier les points noirs accidentogènes, améliorer la signalisation, sécuriser les traversées, aménager des aires de repos et traiter les portions particulièrement dangereuses. La sécurité routière ne peut pas être enfermée dans le poste de conduite.
Enfin, chaque accident grave devrait faire l’objet d’une enquête technique approfondie, afin d’identifier les causes réelles, notamment, la vitesse, la fatigue, l’état mécanique, la chaussée, la visibilité, la météo ou le comportement d’autres usagers. L’objectif n’est pas de chercher systématiquement un coupable, mais d’empêcher que les mêmes causes produisent les mêmes morts.
La concertation annoncée par le ministère des Transports et de l’Aviation civile constitue, à cet égard, une occasion à saisir. Elle devrait déboucher sur un plan national de sécurité du transport interurbain, avec des mesures, des responsables, des échéances et des indicateurs de résultats.
Après Doukou Doukou, l’enjeu n’est plus seulement de rendre hommage aux victimes. Il est de faire en sorte que leur mort contribue à éviter la prochaine tragédie.
Mahamadou Tahirou





