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7 janvier, 2026
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Collectif pour la libération de Bazoum : L’heure de vérité pour les protagonistes

Vingt-neuf mois après le renversement du président Mohamed Bazoum, la scène politique nationale et internationale semble hanter par son sort. Détenu au palais présidentiel avec son épouse, depuis le 26 juillet 2023, Mohamed Bazoum demeure au cœur d’un bras de fer politique, moral et symbolique qui dépasse désormais les frontières nigériennes.

La séquence ouverte début janvier 2026 illustre avec acuité cette tension. Elle met face à face, à distance mais sans faux-semblants, le Collectif international pour la libération de Bazoum et l’entourage de l’ancien chef de l’État, Issoufou Mahamadou. Une confrontation feutrée en apparence, mais lourde d’enjeux et de non-dits.

Dakar, point de départ d’un plaidoyer assumé

Le 2 janvier 2026, à Dakar, le Collectif international pour la libération du président Mohamed Bazoum a tenu une conférence de presse aux accents graves et déterminés. Dans la capitale sénégalaise, symbole régional de stabilité démocratique, le message se voulait clair : la détention prolongée de l’ancien président nigérien constitue une violation manifeste des droits humains et un affront aux principes constitutionnels.

Au-delà de l’indignation, le Collectif a assumé une stratégie de lobbying international, sollicitant médiations, pressions diplomatiques et mobilisation morale. Parmi les pistes évoquées, une demande à la Fondation Mo Ibrahim pour tirer les conséquences de la situation nigérienne, y compris sur le prix accordé par le passé à Issoufou Mahamadou. Une évocation qui, sans accusation formelle, a suffi à faire monter la tension.

La riposte de la Fondation Issoufou Mahamadou

Le 3 janvier 2026, la Fondation Issoufou Mahamadou a publié un communiqué d’indignation. Le ton est ferme, parfois outré. Tout en saluant l’appel à la réconciliation nationale et à la libération de Mohamed Bazoum, le cabinet de l’ancien président rejette avec vigueur ce qu’il qualifie de « narratif fallacieux » et d’« accusations sans preuves » visant Issoufou Mahamadou dans les événements du 26 juillet 2023.

Le message est double : d’une part, l’ancien président ne serait ni responsable ni complice du coup d’État ; d’autre part, il refuse d’endosser le rôle de bouc émissaire d’une crise politique aux causes plus profondes, liées à l’histoire récurrente des putschs au Niger. Une défense classique, mais qui élude une question centrale : que fait concrètement Issoufou Mahamadou pour la libération de son successeur et ami de plusieurs années ?

La contre-offensive du Collectif : l’heure des actes

La réponse du Collectif, publiée le 4 janvier 2026 depuis Dakar, tranche par sa clarté stratégique. Le collectif réfute toute accusation directe portée contre Issoufou Mahamadou, tout en maintenant l’existence de soupçons largement relayés dans l’opinion. Pour le Collectif, l’urgence n’est pas de trancher l’Histoire aujourd’hui, mais de sauver une vie et de restaurer le droit.

Dans un passage clé, le Collectif se saisit d’un point du communiqué adverse : le soutien officiel d’Issoufou Mahamadou à l’appel pour la libération de Bazoum. Dès lors, le défi est lancé publiquement : passer de la parole aux actes. Trois demandes concrètes sont formulées : la première, rejoindre physiquement la médiation sollicitée auprès du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye ; la deuxième, intercéder directement auprès du tombeur du président Bazoum à savoir le général Abdourahamane Tiani, dont Issoufou Mahamadou connaît les rouages ; et enfin la troisième, signer la lettre ouverte pour la libération de Mohamed Bazoum, déjà paraphée par plus de 5 000 personnalités.

La formule du Collectif est cinglante : « On ne libère pas un otage avec des communiqués d’indignation, mais avec des actes de courage ».

Issoufou Mahamadou face à son dilemme historique

La question est désormais posée avec une brutalité politique assumée : l’ancien président Issoufou Mahamadou relèvera-t-il le défi ? Peut-il ou va-t-il user de son capital politique, de son aura internationale et de ses réseaux pour obtenir la libération de celui qui fut son ami de plus de trente ans et son successeur ? Ou choisira-t-il de rester dans une posture prudente, au risque d’alimenter davantage les soupçons de collusion passive avec les autorités de Niamey ?

Le silence ou l’inaction, dans ce contexte, ne sont plus neutres. Ils deviennent des actes politiques en soi. À l’inverse, une démarche publique, courageuse et directe auprès du général Tiani constituerait un signal fort : celui d’un ancien chef d’État fidèle à l’héritage démocratique qu’il revendique.

Une opinion internationale en attente

Au-delà des communiqués et des postures, c’est l’opinion internationale qui observe. Organisations de défense des droits humains, chancelleries africaines et occidentales, sociétés civiles : toutes jugeront la sincérité des engagements à l’aune des actes posés dans les prochains jours.

Le Collectif a ouvert la porte. Il appelle à une convergence des volontés, sans esprit de vengeance mais avec une exigence morale claire. La balle est désormais dans le camp de l’ancien président Issoufou Mahamadou.

Les jours à venir diront s’il choisit d’entrer dans l’Histoire comme un médiateur courageux ou s’il restera prisonnier d’un silence qui, à force de durer, ressemble de plus en plus à une prise de position.

Mahamadou Tahirou

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