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19 février, 2026
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Intervention militaire des États-Unis au Venezuela : L’AES donne de la voix !

La Confédération des États du Sahel (AES) a publié, le 8 janvier 2026, un communiqué signé par son président, le capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso, dénonçant l’opération militaire des États-Unis au Venezuela. Cette opération est qualifiée d’« enlèvement illégal» du président Nicolás Maduro et d’« ingérence inacceptable »  contre la souveraineté d’un État. L’AES appelle le Conseil de sécurité de l’ONU à condamner cet acte et à restaurer « la légalité internationale », réaffirmant son attachement au droit international et aux principes de la Charte des Nations-unies.

Sur le fond diplomatique, la prise de position repose sur des principes universels du droit international, notamment le respect de la souveraineté, l’intégrité territoriale des Etats et la non-ingérence dans les affaires intérieures. Elle illustre la volonté de l’AES de se positionner comme acteur sur la scène internationale.

Pourtant, cette posture soulève des questions essentielles de cohérence politique et normative.

Le droit à géométrie variable ?

Les trois pays membres de l’AES sont dirigés par des régimes issus de coups d’État militaires. Si ces trois pays invoquent le respect scrupuleux du droit dans les Relations internationales, cela pourrait constituer une avancée majeure dans l’observance des règles de l’Etat de droit dans leur propre gouvernance. Ils ne sauraient logiquement demander le respect du droit international alors que chez eux le droit interne est mis à rude épreuve.

Sur cette base, on ne saurait comprendre la persistance des détentions extrajudiciaires ou le passage sous silence des décisions judiciaires. Au Niger, c’est le cas du président Mohamed Bazoum et de son épouse, de son ministre de l’Intérieur Hamadou Adamou Souley, des personnes arrêtées à Tesker et détenues depuis un an, à Niamey. Tous ces citoyens gardent prison malgré des décisions de justice régulièrement rendues. On peut ajouter le cas de l’acteur de la société civile Moussa Tchangari, en prison depuis un an, ou de celui de l’ancien ministre du Pétrole du général Tiani, détenu pendant presque un an et libéré sans explications.  

Au Mali et au Burkina Faso, des voix s’élèvent aussi sur le rétrécissement de l’espace des libertés et des droits humains.

Nous sommes en présence des contextes où l’État de droit est souvent fragilisé ou subordonné à des impératifs sécuritaires et politiques. Les procédures judiciaires indépendantes, l’accès à la justice et les garanties de procès équitables restent des défis majeurs.

Ce contraste entre discours externe et réalité interne alimente une perception de double standard : condamner une ingérence extérieure en invoquant le droit international tout en négligeant des principes similaires chez soi ouvre une brèche normative. Si le droit international est un principe universel, sa validité ne peut reposer sur des applications « à géométrie variable ».

L’affaire met en lumière un dilemme fondamental : le droit international est-il appliqué universellement ou reste-t-il un outil rhétorique ? Dans un monde où l’impartialité du droit est cruciale pour la paix et la sécurité collective, la cohérence entre l’engagement intérieur en faveur des droits et son plaidoyer extérieur est essentielle pour la légitimité d’une organisation.

Pour que la défense des droits fondamentaux ne soit pas perçue comme un simple instrument politique, les gouvernements de l’AES doivent non seulement condamner les violations lorsqu’elles se produisent à l’étranger, mais aussi s’engager résolument à respecter ces mêmes normes chez eux.

Mahamadou Tahirou 

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