Le 26 juillet 2023, certains Nigériens avaient cru assister à un tournant historique lorsque le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) s’est emparé du pouvoir, en promettant de régler la crise sécuritaire et d’instaurer une bonne gouvernance. Deux ans plus tard, ce discours s’apparente à une amère ironie. Le Niger est plus affaibli que jamais, sa population plus désabusée, et son avenir plus incertain. Aujourd’hui, la réalité est d’une violence inédite. Les régions de l’Ouest et du Sud-Est sont devenues les théâtres d’opérations de groupes terroristes, le nombre de déplacés internes explose, les villages entiers se vident et les massacres des populations civiles se succèdent.
Le CNSP, qui dénonçait l’inefficacité du régime qu’il a renversé, se retrouve piégé par ses propres contradictions. Les coopérations militaires régionales, autrefois jugées « faibles », n’ont jamais été aussi moribondes. Le partenariat stratégique avec le Mali et le Burkina Faso, vanté comme un front de résistance anti-terroriste, ne produit pas de résultat à la hauteur des menaces sur le terrain.
En matière de gouvernance, le « laboratoire de passe-droit » que dénoncent certains citoyens est devenu une réalité presque institutionnalisée. L’ordonnance 2024/05, en soustrayant les marchés publics du Ministère de la Défense et de la Présidence à toute règle de transparence, a ouvert la porte à une corruption assumée et à un clientélisme débordant. Les promesses de rupture se sont transformées en une gouvernance marquée par un népotisme flagrant ouvrant la voie à des scandales financiers.
Le coup d’État a provoqué une onde de choc économique dont le pays ne s’est pas encore relevé. La fuite des investisseurs, le gel des appuis extérieurs et les sanctions économiques ont asphyxié l’économie nigérienne. Aujourd’hui, les caisses de l’État sont pratiquement vides, avec de plus en plus des retards dans le paiement des salaires des agents de l’Etat. Les étudiants attendent leurs bourses comme on attend une promesse incertaine. Les contractuels sont laissés à leur sort. Le pays est englué dans une crise de liquidités qui paralyse le fonctionnement régulier de l’Etat.
Sur le plan diplomatique, l’isolement du Niger est sans précédent. Les alliances traditionnelles sont rompues, et les nouvelles alliances géopolitiques, notamment avec la Russie, peinent à produire des résultats concrets. Le pays navigue à vue dans un environnement international qui ne lui fait plus confiance.
Le plus inquiétant, c’est l’absence totale de vision. Le CNSP, qui avait promis une « refondation », n’a produit aucun projet politique structurant. Faute de résultats, il en est réduit à appeler les Nigériens à la prière, avouant implicitement son impuissance. Les promesses de « restaurer la dignité nationale » ont cédé la place à des discours creux et à une improvisation dangereuse.
L’alternative est pourtant claire : restaurer l’ordre constitutionnel et rendre le pouvoir au peuple. Mais le CNSP s’accroche, craignant d’affronter son bilan.
Pourtant, deux ans après le 26 juillet 2023, l’heure du bilan est sans appel : sur le plan sécuritaire, le pays est plus vulnérable que jamais. Quant à la gouvernance, les Nigériens restent toujours sur leur faim. Aucun progrès n’a été accompli.
La solution est à portée de main : le retour rapide à l’ordre constitutionnel pour que le peuple nigérien décide souverainement de son propre destin.
Mahamadou Tahirou