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13 janvier, 2026
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Loi de finances 2026 au Niger : De nouvelles mesures fiscales qui font débat

Le gouvernement a adopté, le 31 décembre dernier, l’ordonnance n°2025-44 portant loi de finances pour l’année budgétaire 2026. L’adoption de cette ordonnance était particulièrement scrutée en raison principalement des difficultés économiques et financières que connait le Niger. Comme il fallait s’y attendre, la loi de finances a édicté de nouvelles mesures fiscales. Une de ces mesures est relative à l’Impôt sur les Traitements et Salaires (ITS). Cet impôt est perçu par tranches mensuelles : à titre d’illustration, de 25.001 à 50.000 F, le taux est de 2%, de 50.001 à 100.000 F, il est de 6%, de 150.001 à 300.000 f, il est de 25%, etc. Les salaires des travailleurs seront ainsi mis à contribution.

En matière de taxe immobilière, même si un immeuble affecté à la résidence principale est exonéré de ladite taxe, il est exigé du chef de ménage de communiquer, avant le 1er février, « les références cadastrales de l’habitation pour laquelle il souhaite obtenir le bénéfice de l’exonération, pour la première année et, en tant que de besoin, pour les autres années » sous peine d’inopposabilité à l’Administration fiscale. En d’autres termes, passer le 1er février, une habitation peut être soumise à l’impôt.

La taxe de trop…

La Taxe sur les Dépôts et Transferts d’argent (TDTA) retient également l’attention. Cette taxe s’applique à « l’ensemble des dépôts et transferts d’argent électroniques et physiques réalisés par des opérateurs agréés via les agences de transfert d’argent et finance, les services de mobile money et les plateformes de services financiers et les sociétés spécialisées en transfert rapide d’argent ». Cette taxe concerne l’ensemble des personnes physiques et morales effectuant ces opérations et est calculée sur le montant brut de chaque dépôt ou transfert, avant déduction des frais qui reviennent à l’agence.

On se rend compte que l’État a choisi de fiscaliser l’un des derniers mécanismes de survie économique. Dans un pays comme le Niger, où les transferts d’argent compensent souvent l’absence de protection sociale, cette mesure est économiquement et socialement risquée.

Présentée comme une réforme moderne, cette taxe revient simplement à prélever sur ce qui est facile à suivre et à collecter. En un mot comme en cent, chaque transfert d’argent devient taxable, quelle que soit la somme ou sa finalité. Ce n’est pas une mesure de justice fiscale, mais un prélèvement automatique qui touche la solidarité familiale et communautaire.

Les barèmes prévus par la loi rendent la mesure plus lisible : le taux de la taxe est de 0,5 % du montant brut du dépôt ou du transfert, avant déduction des frais de l’agence. Ce taux est de 5% sur les montants supérieurs à 2 000 000 FCFA.Par exemple, un transfert de 100 000 FCFA supporte 500 FCFA de taxe, en plus des frais. Un transfert de 500 000 FCFA coûte 2 500 FCFA de plus. Pour des ménages et des soutiens familiaux déjà sous pression, l’impact est immédiat.

Les premiers perdants sont les usagers. Pour des millions de Nigériens, ces transferts servent à manger, se soigner, payer l’école. La taxe, ajoutée aux frais, réduit directement le montant reçu. Elle est régressive : plus le revenu est faible, plus l’impact est lourd. Quant au taux de 5 %, il agit comme une sanction contre les apports de la diaspora et les soutiens importants, pourtant essentiels à l’économie réelle.

Cette fiscalité envoie un signal clair : utiliser les canaux formels devient coûteux. Le risque est le retour vers des circuits informels, incontrôlés et dangereux, qui échappent totalement à l’État. À terme, la transparence financière recule, et les recettes espérées aussi.

Les compagnies et plateformes de transfert, transformées en collecteurs d’impôt, absorbent les coûts techniques et la défiance des clients sans contrepartie. Les petites agences locales et les plateformes émergentes sont les plus menacées, ouvrant la voie à une concentration du marché et à un recul de l’inclusion financière.

On aurait attendu du gouvernement des actions plus fortes avec un accent affirmé sur la justice sociale. La lutte contre la corruption et les détournements des deniers publics, la transparence dans la commande publique et la réduction du train de vie de l’Etat apparaissent comme des signaux plus pertinents, qui ont l’avantage de ne pas presser toujours les citoyens et de faire régner la justice sociale. Au regard de la polémique suscitée par le statut du Fonds de solidarité pour la sauvegarde de la patrie(FSSP) qui apparait comme une caverne d’Ali Baba, beaucoup souhaiteraient que cette structure soit rattachée au trésor national.

Mahamadou Tahirou

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