L’Association Alternative Espaces Citoyens (AEC) a organisé une journée de solidarité avec le Venezuela, samedi 24 janvier 2026, à l’espace Frantz Fanon sous le thème : « le droit international à l’épreuve du retour en force de la force dans les relations internationales ». Sous la modération de Dr Ibrahim Diori, juriste, trois éminents panélistes ont animé cette rencontre. Il s’agit en présentiel de Pr Oumarou Narey, Doyen de la faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP) de l’Université Abdou Moumouni de Niamey, Maitre Bachir Amadou Adamou, avocat aux Barreaux du Niger et de Montpellier et Dr Kader Birgui, politologue à la FSJP de Niamey. Deux autres panélistes étaient prévus pour intervenir par visioconférence. Pour des raisons techniques, Maitre Barry Aminata Touré et M. Sory Ibrahima Sidibé du Mali n’ont pas pu intervenir.
A l’entame de cette journée, panélistes et participants ont exprimé une pensée pieuse pour Moussa Tchangari, défenseur des droits humains, privé de liberté depuis treize (13) mois. En souhaitant la bienvenue à l’assistance, M. Hamadou Boulama Tcherno, Directeur des programmes d’Alternative Espaces Citoyens, a mis en évidence l’intérêt de cette journée de solidarité avec le Venezuela pour le triomphe du droit sur la force.
Après une brillante prestation de la troupe culturelle d’Alternative Espaces Citoyens sur le thème du jour illustrant la démesure des dirigeants de ce monde et l’anarchie dans les relations internationales, Dr Diori Ibrahim a donné la parole aux panélistes. De leurs interventions, on retient que la force a toujours été constante dans les relations internationales; dans le cas-ci, on pourrait tout au plus parler de ‘’résurgence ‘’ de la force, pour emprunter le terme du Pr Oumarou Narey.
Le politologue Dr Kader Birgui a introduit sa communication par la grave question : qui gouverne les relations internationales ? Selon lui, dans la perspective marxiste, l’économie détermine les relations internationales. Ce qui conforte la « théorie réaliste » pour qui « l’argent est le nerf de la guerre ». La puissance de feu des USA expliquerait le rôle de gendarme du monde qu’incarnerait ce pays, à en croire Dr Birgui. « La force est une variable pour la coexistence pacifique », devait-il ajouter en substance.
Après le constat de l’échec de la théorie libérale, le conférencier a dénoncé le silence de la Communauté internationale et le deux poids deux mesures des puissances face à la remise en cause de la régulation internationale.
Pour sa part, Me Bachir Amadou Adamou a indiqué que « la force n’a jamais quitté les relations internationales ». C’est plutôt « le droit qui est en train de quitter les relations internationales », a-t-il fait savoir. Pour ce jurisconsulte, « l’opération américaine au Venezuela s’écarte de l’arsenal juridique international établi ». C’est une crise profonde du droit international et du Conseil de sécurité, dira Me Bachir. Répondant à la question précise du kidnapping du président Maduro par l’administration Trump, Me Bachir a montré que le juge américain ne peut se baser que sur le droit américain pour exécuter les mandats d’arrêt contre Maduro. En dépit de la tentative de l‘administration Trump d’invoquer la loi internationale sur le narcotrafic ou l’installation d’une dictature au Venezuela, nos conférenciers sont unanimes que les USA ont violé le droit international.
Se référant à la Charte des Nations-unies, Pr Oumarou Narey a dit qu’il n’y a que deux exceptions pour attaquer un Etat souverain à savoir la légitime défense ou l’intervention autorisée par le Conseil de Sécurité de l’ONU. Pr Oumarou Narey a dit qu’il y a violation des immunités qui protègent les personnalités pour les fonctions qu’elles exercent. Le cas Maduro est assez flagrant en ce sens qu’il est président en exercice d’un Etat souverain face aujourd’hui à un juge d’une tierce puissance ! Dans ce cas, selon Pr Narey, les Etats qui siègent au Conseil de sécurité notamment les Etats africains devraient condamner la forfaiture de Trump sur la base de la Charte de l’ONU.
Soutenant sa conviction que le droit international n’est pas mort malgré les violations, Pr Narey a fait observer le caractère résilient du droit international dans la mesure où « c’est lorsque le droit est violé qu’on a plus besoin de droit pour réguler les abus ». Et ce, parce que le droit n’est pas fondé que sur la force, a-t-il soutenu. Cette thèse du Pr Narey sur la résilience et le triomphe du droit sur la force a été corroborée par un autre juriste qui a déclaré que « le monde a connu des dirigeants plus agités et plus convaincus que Trump ». Il s’agit, entre autres, de Hitler et Mussolini.
Au cours de cette conférence, on a enregistré la remarquable contribution du philosophe, Pr Mounkaila Abdou Laouali Serki, qui a mis en avant le retour à l’état de nature lorsque la force prend le dessus dans les relations entre les individus comme entre les Etats. Pour ce philosophe, « tant que c’est de façon sélective qu’on condamne les violations du droit à l’interne comme à l’international, on ne peut pas s’en sortir ».
Cette journée de solidarité avec le Venezuela a été organisée en partenariat avec l’ONG Un Monde Avenir, la Coalition Ensemble pour sauver le Sahel et le Forum des organisations pour le Renforcement de la Démocratie en Afrique.
Elh. M. Souleymane







