Au 30 juin 2025, l’encours de la dette publique du Niger auprès de l’UMOA-Titres s’élève à 1 820,59 milliards de FCFA, selon les données officielles publiées par l’institution sur son site. Une baisse de 0,93 % par rapport au mois précédent qui donne l’illusion d’un redressement budgétaire maîtrisé. Mais cette apparente performance masque une réalité bien plus inquiétante : celle d’un État qui règle ses dettes mais qui passe sous silence ses obligations sociales élémentaires, sous la pression du gendarme mondial de la discipline budgétaire, le FMI ; en atteste la dernière loi de finances rectificative.
Sur le plan social, le constat est inquiétant : des retards de plus en plus enregistrés dans le paiement des salaires et des pensions des agents de l’Etat et des retraités, des arriérés de pécules et de bourses pour les contractuels et les étudiants… Comment un État peut-il honorer ses créanciers internationaux tout en laissant sa population dans le besoin ? Cette contradiction alimente la défiance, interroge sur les choix politiques et économiques, et creuse le fossé entre la sphère financière et la réalité sociale.
Certes, la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique (DGTCP) tente de rassurer, appelant les investisseurs à maintenir leur confiance. Mais les citoyens, eux, n’en peuvent plus d’attendre. Le silence des autorités sur la gestion réelle de cette dette, combiné à l’absence de transparence sur les arbitrages budgétaires, renforce le malaise. Le Niger, isolé sur la scène régionale et contraint d’offrir des taux attractifs pour mobiliser des ressources, paie visiblement ses dettes au prix d’un sacrifice social intérieur.
Le débat est désormais inévitable. Car si la dette peut être un levier de développement, elle ne saurait être un fardeau pour les plus faibles. Cette dualité alimente rumeurs, colère et discours extrémistes, d’autant plus qu’aucune parole forte ni explication claire ne vient dissiper les doutes.
La DGTCP, émettrice des titres publics, doit sortir de son mutisme. Elle doit expliquer, vulgariser, rassurer. Non pas par des communiqués laconiques sur les médias d’État, mais par une communication ouverte, régulière et accessible à tous. Les Nigériens ont besoin de comprendre pourquoi leur État rembourse les marchés, mais tarde à les payer. Il en va de la crédibilité du Trésor, mais aussi de la cohésion sociale et de la paix publique.
Il est temps d’engager une pédagogie de la dette, en impliquant les médias indépendants, les plateformes numériques et les relais sociaux. Car une dette, aussi bien gérée soit-elle techniquement, ne vaut que si elle est comprise et assumée par ceux qui en subissent les effets. Le peuple nigérien mérite des réponses, pas des slogans.
Mahamadou Tahirou





