Au Nigeria, l’affaire judiciaire autour de l’ancien ministre de l’Énergie électrique Saleh Mamman prend désormais l’allure d’un véritable séisme politique et judiciaire à l’approche des élections générales prévues en janvier 2027. Ancien ministre sous le régime de l’ex-président Muhammadu Buhari entre 2019 et 2021, Saleh Mamman est aujourd’hui au cœur de l’un des plus retentissants dossiers de corruption de ces dernières années dans le pays le plus peuplé d’Afrique.
Le 7 mai 2026, le juge James Omotosho de la Haute Cour fédérale d’Abuja l’a reconnu coupable de douze chefs d’accusation liés au blanchiment d’argent, à la corruption et au détournement de fonds publics. Le 13 mai, la justice nigériane l’a condamné à 75 ans de prison pour avoir détourné plus de 33 milliards de nairas soit un peu plus de 13 milliards de francs CFA destinés aux projets hydroélectriques stratégiques de Mambilla et Zungeru, censés améliorer l’approvisionnement électrique du Nigéria.
Selon les procureurs de la Economic and Financial Crimes Commission (EFCC), les fonds auraient été blanchis à travers des sociétés privées, des bureaux de change et plusieurs circuits financiers opaques. La justice a également ordonné la confiscation de plusieurs biens immobiliers attribués à l’ancien ministre.
Mais l’affaire a pris une tournure encore plus spectaculaire lorsque Saleh Mamman a disparu après sa condamnation. Recherché pendant plusieurs jours, il a finalement été arrêté dans la nuit du 19 mai 2026 à Kaduna par les agents de l’EFCC après une cavale qui a fortement alimenté les spéculations politiques et médiatiques. Derrière cette arrestation spectaculaire, une question revient avec insistance dans les milieux politiques nigérians, qui s’interrogent pourquoi maintenant ? À mesure que l’échéance présidentielle de 2027 approche, les rivalités internes au sein des élites politiques deviennent de plus en plus visibles. Certains observateurs soupçonnent un règlement de comptes déguisé dans un contexte où plusieurs figures politiques cherchent déjà à repositionner leurs réseaux et leurs ambitions.
Toutefois, aucune preuve publique ne démontre pour l’instant que Saleh Mamman nourrissait des ambitions présidentielles contraires à la ligne du pouvoir en place. Mais dans un Nigeria où les équilibres régionaux, financiers et ethniques structurent fortement la vie politique, chaque poursuite judiciaire visant un ancien haut responsable suscite automatiquement des soupçons d’instrumentalisation.
À l’inverse, d’autres Nigérians estiment que l’ancien ministre n’est rien d’autre qu’un “délinquant en col blanc” enfin rattrapé par la justice. Dans un pays confronté à des coupures d’électricité permanentes, à une pauvreté persistante et à une corruption endémique, beaucoup considèrent cette condamnation comme un signal fort contre l’impunité des élites politiques.
L’affaire Saleh Mamman pourrait ainsi devenir un test majeur pour la crédibilité de la lutte anticorruption au Nigeria sous la présidence de Bola Ahmed Tinubu. Si la justice va jusqu’au bout sans interférence politique, le message adressé aux éventuels auteurs de corruption et de détournement des biens publics sera clair, en ce sens que, même les anciens ministres ne sont plus intouchables.
Mais au Nigeria, les grandes affaires judiciaires ont souvent oscillé entre fermeté spectaculaire et oubli progressif. Entre justice exemplaire et arrière-pensées politiques, le dossier Saleh Mamman continue donc de diviser l’opinion. Attendons de voir.
Mahamadou Tahirou





