Le Premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine, a présidé à son cabinet, le 18 mai 2026, la cérémonie de signature de plusieurs accords stratégiques entre l’État du Niger et la China National Petroleum Corporation (CNPC), principal acteur chinois du pétrole nigérien. Les documents ont été paraphés par le ministre des Affaires étrangères du Niger et le Directeur Général de la CNPC. Pour Niamey comme pour Pékin, cette signature marque officiellement une nouvelle phase de coopération dans l’exploitation du pétrole nigérien.
Après plusieurs mois de tensions ouvertes, le gouvernement nigérien et la CNPC ont choisi l’apaisement en signant de nouveaux accords dans le secteur pétrolier. Officiellement, il s’agit d’ouvrir une nouvelle phase de coopération énergétique entre les deux partenaires. Mais derrière ce rapprochement diplomatique, beaucoup d’interrogations persistent sur la capacité réelle du Niger à tirer pleinement profit de son pétrole.
Les relations entre Niamey et la société chinoise s’étaient fortement détériorées ces derniers mois. Les autorités nigériennes reprochaient notamment à la CNPC une faible implication des travailleurs locaux, des écarts importants de rémunération entre expatriés et employés nigériens, le coût très élevé du transport du brut, ainsi que le non-respect de certaines obligations liées au contenu local. La crise avait atteint un niveau sensible avec l’expulsion de plusieurs responsables chinois opérant dans le secteur pétrolier.
Dans ce contexte tendu, les nouveaux protocoles apparaissent comme une tentative de rééquilibrage des rapports entre les deux parties. Les accords portent notamment sur l’exploitation du bassin d’Agadem, le renforcement des capacités de production, le transport du brut à travers l’oléoduc Niger-Bénin, la formation des cadres nigériens et une meilleure participation des entreprises locales dans les activités pétrolières.
Le consensus trouvé semble répondre à une nécessité mutuelle. Le Niger cherche à tirer profit des revenus du pétrole en vue de soutenir une économie fragilisée consécutivement aux sanctions suite au coup d’Etat du 26 juillet 2023. De son côté, la Chine entend préserver des investissements évalués à plusieurs milliards de dollars dans les champs pétroliers, la raffinerie de Zinder et le pipeline d’exportation vers le Bénin.
Les enjeux financiers sont considérables. Grâce à l’expansion du projet d’Agadem, la production pétrolière nigérienne a fortement progressé, pour atteindre environ 110 000 barils par jour, avec des ambitions officielles encore plus élevées dans les prochaines années. Pour Niamey, les revenus attendus pourraient représenter une bouffée d’oxygène budgétaire importante si les mécanismes de partage et de gouvernance sont effectivement respectés.
Cependant, considérer ces accords comme la fin définitive des tensions serait probablement prématuré. Le Niger veut davantage de souveraineté sur ses ressources stratégiques tandis que la CNPC demeure l’acteur dominant de toute la chaîne pétrolière nationale.
Le Niger se trouve donc à un tournant décisif, celui de transformer l’or noir en moteur de développement durable ou reproduire le scénario de plusieurs États riches en pétrole mais pauvres en investissements productifs et sociaux.
Mahamadou Tahirou





