La coopération militaire, dans la lutte contre le terrorisme, entre les Etats-Unis et le Nigeria, dans l’État de Borno, au cœur du bassin du Lac Tchad, vient de franchir un cap décisif. La neutralisation d’Abu Bakr al-Mainuki, présenté comme l’un des principaux stratèges de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), marque un succès sécuritaire majeur dans une région longtemps considérée comme l’épicentre de l’insurrection terroriste en Afrique de l’Ouest.
Cette opération illustre surtout une réalité souvent ignorée dans les débats sécuritaires. En effet, les victoires durables contre les groupes armés ne reposent ni sur les slogans ni sur la communication politique, mais sur la qualité du renseignement, la coordination des forces et leur professionnalisme. Depuis plusieurs mois, Washington et Abuja ont renforcé leur coopération stratégique à travers le partage d’informations, l’appui technologique, la surveillance aérienne et la formation spécialisée des unités engagées dans le nord-est nigérian.
Dans les zones marécageuses et difficiles d’accès du bassin du lac Tchad, les opérations conjointes menées par l’armée nigériane et ses partenaires américains ont permis de désorganiser plusieurs réseaux logistiques terroristes, notamment les voies fluviales utilisées par les combattants de l’ISWAP pour le ravitaillement et leurs déplacements. Les frappes ciblées et les actions coordonnées de l’opération HADIN KAI témoignent d’une montée en puissance tactique rarement observée, ces dernières années, dans la région. Ce résultat intervient pourtant dans un contexte sécuritaire extrêmement tendu. Ces derniers mois, les groupes terroristes avaient multiplié les attaques meurtrières contre les positions militaires nigérianes dans l’État de Borno, mettant en évidence leur capacité de nuisance et leur adaptation aux nouvelles réalités du terrain. Mais contrairement à certaines approches observées ailleurs, Abuja semble avoir privilégié une logique d’anticipation, de coopération et de structuration opérationnelle.
La leçon est importante pour les États sahéliens confrontés aux mêmes menaces terroristes. Le combat contre des groupes transnationaux lourdement armés exige des armées bien formées et bien équipées, des services de renseignement performants et des alliances stratégiques efficaces. Aucun État isolé ne peut durablement contenir une menace aussi mobile et régionalisée sans coopération militaire crédible et sans professionnalisation des forces engagées.
L’expérience nigéro-américaine dans le bassin du lac Tchad rappelle ainsi une évidence stratégique : dans la guerre contre le terrorisme, la rigueur opérationnelle, la coordination et la maîtrise du renseignement pèsent davantage que les discours de circonstance.
Mahamadou Tahirou





