Présidence de la Commission de la CEDEAO : Le général Birame Diop candidat





‎Dakar a officiellement annoncé, le 31 mai 2026 dans un communiqué signé par le ministre des Affaires Étrangères du Sénégal , la candidature du Général d’armée aérienne Birame Diop à la présidence de la Commission de la CEDEAO. Un choix qui, loin d’être banal , envoie un signal politique fort à une Afrique de l’Ouest minée par le terrorisme, les coups d’État à répétition et les fragilités institutionnelles. À travers ce profil militaire expérimenté, le Sénégal parie sur une nouvelle approche sécuritaire de l’organisation régionale, tout en soulevant des questions légitimes sur l’équilibre entre urgence sécuritaire et gouvernance politique.

‎Le communiqué officiel met surtout l’accent sur l’expérience militaire de Diop à l’ONU, sa maîtrise des opérations de paix et de la réforme du secteur de sécurité. Cet argument est central. En effet, depuis dix ans, le Sahel central est déstabilisé et la menace gagne les pays côtiers. Dans ce contexte, un général chevronné semble répondre à l’urgence.

‎Mais la CEDEAO reste une organisation politique et économique. Confier sa Commission à un militaire pourrait inquiéter, en donnant l’impression d’une militarisation de la gouvernance régionale. Pourtant, le parcours de Diop dépasse le cadre strictement militaire, son travail à l’ONU, ses écrits académiques et son expérience diplomatique montrent une approche stratégique. La vraie question n’est pas son uniforme, mais sa vision politique.

‎L’autre attente concerne la stabilité institutionnelle. Après les putschs au Mali, Burkina Faso, Niger et Guinée, l’autorité de la CEDEAO est affaiblie. L’expertise de Diop dans la réforme sécuritaire pourrait aider à prévenir les ruptures constitutionnelles.

‎Reste la question de la Force en attente de la CEDEAO, qui existe surtout sur le papier. Un spécialiste reconnu comme Diop pourrait accélérer sa mise en œuvre. Mais l’obstacle majeur n’a jamais été technique, c’est l’absence de consensus politique entre chefs d’État, les divergences stratégiques et le manque de financement.

‎Au-delà du général, cette candidature révèle l’évolution des priorités régionales : la sécurité est désormais indissociable du développement et de la gouvernance. Pourtant, elle ne doit pas devenir l’unique boussole de la CEDEAO. La restructuration  passe aussi par le dialogue avec les pays de l’AES, le renforcement démocratique, la libre circulation et l’intégration économique.

‎Si Birame Diop est élu, son succès ne se mesurera pas seulement à sa lutte antiterroriste, mais à sa capacité à réconcilier sécurité et gouvernance, fermeté et dialogue, stabilité et intégration. C’est sur cet équilibre délicat que se joue l’avenir de la CEDEAO dans une Afrique de l’Ouest en pleine recomposition.

‎Mahamadou Tahirou

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