Le Président Romuald Wadagni à Niamey : Le retour du pragmatisme entre le Niger et le Bénin



‎Huit jours seulement après son investiture, le président béninois Romuald Wadagni a choisi Niamey comme l’une des premières étapes de sa tournée ouest-africaine après Abuja au Nigeria. Plus qu’une visite  d’amitié et de travail, ce déplacement revêt une dimension hautement stratégique. Entre enjeux économiques, défis sécuritaires et perspectives de réconciliation diplomatique, les présidents Abdourahamane Tiani et Romuald Wadagni ont tenté de poser les bases d’un nouveau chapitre dans les relations entre deux pays que la crise de 2023 avait profondément éloignés.

‎Le choix de Niamey comme l’une des  premières  destinations  régionales du nouveau chef de l’État béninois n’est pas anodin. Il traduit la volonté des deux capitales de reprendre le dialogue après près de trois années de tensions consécutives au changement de régime intervenu au Niger en juillet 2023 et aux divergences qui ont opposé les deux pays dans le sillage des sanctions régionales.

‎Derrière les sourires diplomatiques, la réalité économique s’impose comme le principal moteur de ce rapprochement. Avant la crise, le Niger représentait l’un des plus importants partenaires commerciaux du Bénin. Une part considérable du trafic du port de Cotonou était destinée au marché nigérien. La fermeture de la frontière a brutalement interrompu cette dynamique, privant les opérateurs économiques béninois d’un débouché majeur tout en compliquant considérablement l’approvisionnement du Niger.

‎Les conséquences ont été ressenties de part et d’autre de la frontière. Au Niger, les coûts du transport ont augmenté et plusieurs filières commerciales ont dû se réorganiser dans l’urgence. Au Bénin, les transporteurs, transitaires, commerçants et acteurs portuaires ont subi les effets d’une baisse significative des échanges. Malgré l’ouverture d’itinéraires alternatifs à travers le Nigeria, le Togo ou encore les projets de corridors vers l’Algérie, la géographie rappelle que le corridor béninois demeure l’une des voies les plus naturelles et les plus compétitives pour les importations nigériennes.

‎Conscients de cette réalité, les deux chefs d’État ont décidé de franchir une étape importante. Selon le communiqué conjoint publié à l’issue de la visite, ils ont convenu de relancer la Commission mixte nigéro-béninoise de coopération, longtemps paralysée par les tensions politiques. Un comité d’experts a également été mis en place avec pour mission d’examiner les obstacles qui freinent encore la coopération bilatérale et de proposer, dans un délai de quinze jours, des mesures concrètes en faveur de la normalisation des relations entre les deux pays. En toile de fond apparaît l’une des principales attentes des populations, celle de la  réouverture de la frontière commune et la reprise normale de la circulation des personnes et des marchandises.

‎La sécurité régionale a également occupé une place centrale dans les échanges. Face à la progression des groupes armés dans la zone sahélienne et dans certaines régions septentrionales du Bénin, Niamey et Cotonou partagent désormais des préoccupations communes. La coordination des efforts sécuritaires, le partage du renseignement et le contrôle des espaces frontaliers apparaissent comme des impératifs que les divergences politiques ne peuvent plus occulter.

‎Pour autant, cette visite ne signifie pas la disparition des désaccords. Le Niger poursuit sa politique de diversification de ses partenariats économiques et logistiques tandis que le Bénin demeure solidement ancré dans l’espace de la CEDEAO, alors que Niamey évolue désormais dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel. Ces différences de trajectoires continueront d’influencer les rapports entre les deux pays.

‎La visite de Romuald Wadagni à Niamey marque néanmoins un tournant. Elle illustre le retour d’une diplomatie guidée par les intérêts économiques et sécuritaires plutôt que par les postures politiques. Le véritable enjeu réside désormais dans la capacité des deux gouvernements à transformer les engagements annoncés en décisions concrètes. Car au-delà des communiqués officiels, ce sont les populations, les commerçants et les transporteurs des deux pays qui attendent des résultats tangibles d’un rapprochement devenu autant une nécessité qu’une urgence.

‎Mahamadou Tahirou

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