Depuis la place De Ferrari à Gênes, prenez le bus n° 17 dans la via Ceccardi voisine. En direction de Nervi, vers l’est, descendez à l’arrêt Europa-Schiaffino puis traversez le corso. Tournez à droite et, non loin de la poste, vous verrez un immeuble près du trottoir. Juste au coin, écrit à la bombe noire, on peut lire l’inscription « Sovvertiamo tutto » (Renversons tout). Je ne sais pas depuis quand ni par qui, mais dès mon retour à la maison de Quarto Castagna, je l’ai remarquée et elle m’a frappé. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis heureux que cette phrase lapidaire n’ait pas été effacée ou recouverte d’une couche de peinture.
Le verbe subvertir vient du latin « subvertere » et signifie littéralement « renverser, retourner », indiquant l’acte de renverser l’ordre établi. Le mot souligne une action de renversement de bas en haut. Ses synonymes sont « déstabiliser », « bouleverser » et « révolutionner ». J’ai appris à préférer ce verbe conjugué à la première personne du pluriel au présent au mot « révolutionner », galvaudé, ambigu et manipulé, qui, souvent, signifie en fait revenir au point de départ. « Tout changer pour que rien ne change » ne s’est pas produit uniquement dans le roman « Le Guépard » de Tomasi di Lampedusa. Les subversions innocentes ne sont rien d’autre que des résistances artisanales fragiles et parfois censurées.
Il s’agit d’un processus de renversement par le bas de l’ordre (ou du désordre) existant qui s’appuie sur des faits et des personnes dont les choix semblent inadaptés, insignifiants et incapables de renverser un système. Comme le fameux grain de sable qui tombe dans les rouages d’une machine sophistiquée et provoque son grippage, momentané ou définitif. Ou encore la poussière qui, sournoisement, s’infiltre et entrave le bon fonctionnement du système. Dans cette optique, comment ne pas se souvenir de ceux qui, parmi les 1 225 professeurs d’université « invités » à prêter serment d’allégeance au régime fasciste le 28 août 1931, ont refusé de renoncer à leur dignité.
« Je jure d’être fidèle au Roi, à ses successeurs royaux et au régime fasciste… que je n’appartiendrai à aucune association ou parti dont l’activité ne soit pas compatible avec les devoirs de ma fonction ». Douze professeurs ont refusé de prêter serment et ont tous été démis de leurs fonctions. Nous savons que le régime fasciste s’est effondré quelques années plus tard, mais nous croyons également que la défaite de la dictature était déjà inscrite dans le geste subversif de ces douze enseignants. Il n’y a pas de subversion sans subversifs, à condition de se laisser d’abord ou en même temps « subvertir » dans l’esprit et dans le corps. Ceux qui ont permis que cela se produise en sont les témoins.
Les journalistes sont des martyrs qui, de par leur métier, sont appelés à raconter l’histoire quotidienne ou l’actualité en étant conscients des lunettes de l’idéologie, du portefeuille ou de la convenance. Il s’agit d’un des miroirs de la société qui se veut démocratique. L’année dernière a été la plus meurtrière jamais enregistrée pour le journalisme contemporain. Le rapport du Comité pour la protection des journalistes (CPJ) nous indique que 129 journalistes et professionnels des médias ont été tués l’année dernière, soit le nombre le plus élevé depuis que l’organisation recense systématiquement ces données (1992). De plus, selon l’ONU, environ 330 journalistes sont actuellement détenus dans le monde, auxquels s’ajoutent 500 journalistes citoyens blogueurs. Des subversifs innocents dont les paroles sentent bon la vérité.
L’ONU a accueilli ces derniers jours le deuxième Forum International sur les Migrations, qui se tient tous les quatre ans. Selon le rapport présenté par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le nombre de migrants internationaux a dépassé les 300 millions de personnes, soit environ 3,7 % de la population mondiale. Parmi eux, 167 millions sont des travailleurs. Les personnes déplacées s’élèvent à 83 millions. À celles-ci, il faudrait ajouter 40 millions de réfugiés et de demandeurs d’asile. Lors du Forum, le Secrétaire général de l’ONU a rappelé qu’au moins 200 000 personnes ont été victimes de la traite. Plus de 15 000 migrants sont morts ou ont disparu sur les routes de la migration au cours des deux dernières années. Il s’agit d’innocents subversifs dont l’absence engendre une présence. La même que celle d’un ancien soldat israélien.
« Tu es un traître, Mirzai, tu es une honte pour ton sang », me chuchotaient-ils à l’oreille en me tirant la tête en arrière… Aujourd’hui, quand je passe près d’un restaurant à Rome et que j’entends le bruit des touristes et des couverts sur les assiettes, j’en ai des frissons. Mon corps est une carte de nœuds de douleur qui ne se dénoueront jamais. J’ai des cicatrices internes que les médecins ne peuvent pas voir, des doigts qui perdent leur sensibilité, un dos qui refuse de se tenir droit. Mais c’est précisément dans cette chair martyrisée que j’ai trouvé ma vérité. Ils m’ont tout pris, sauf la conscience que leur pouvoir s’arrête là où commence ma résistance. Le récit complet est publié dans le dernier numéro de Kritica.
Rien de plus subversif que ces mots imprégnés de sang et de dignité. Tout comme ceux de Floribert Bwana Chui, jeune douanier de la République démocratique du Congo. Enlevé, torturé et assassiné pour avoir refusé de laisser passer des denrées alimentaires avariées destinées à la consommation de son peuple. Membre de la communauté de Sant’Egidio, martyr et béatifié le 15 juin de l’année dernière à Rome, il est donc un modèle pour tous. Cela ne devrait pas surprendre, car le symbole des chrétiens est, justement, une croix. Le Christ y a été crucifié, parmi des milliers de victimes, pour subversion manifeste. Il était devenu insupportable pour le système politico-religieux de son époque et, probablement, de tous les temps.
Je dois avouer que si le visage de Dieu reflété dans le Christ n’était pas ce de plus subversive que j’aie rencontrée jusqu’à présent, j’irais immédiatement le chercher ailleurs. L’auteur de cet écrit espère que l’inscription sur le mur de l’immeuble construit sur le Corso Europa, non loin du viaduc de Quarto Castagna, ne sera jamais effacée.
Mauro Armanino
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)





