Deguerpissement autour de l’aéroport de Niamey : le gouvernement tente de rassurer, les populations attendent des actes

‎Le ministre de la justice garde des sceaux monsieur Alio Daouda à animé un point de presse  le 3 juin 2026 à son cabinet sur les opérations des déguerpissement et de démolition des immeubles bâtis sur l’emprise de l’aéroport international Diori Hamani de Niamey. Ce point de presse intervient dans un contexte particulièrement tendu autour de ces opérations.



‎Alors que les bulldozers ont déjà commencé leur travail sur certaines habitations, le gouvernement semble désormais engagé dans une délicate opération de communication destinée à apaiser les inquiétudes grandissantes des populations concernées.


‎Les autorités justifient cette campagne par des impératifs de sécurité nationale. Depuis plusieurs semaines, elles rappellent que près de 19 % du domaine aéroportuaire seraient occupés par des lotissements considérés comme illégaux et que la sécurisation de cette infrastructure stratégique est devenue une priorité, notamment après les récents défis sécuritaires auxquels le pays a été confronté.



‎Des rencontres avec les populations et la mise en place d’un comité de dialogue avaient d’ailleurs été annoncées bien avant le lancement des opérations. Mais au-delà des arguments sécuritaires, c’est la gestion humaine du dossier qui cristallise les critiques. Avant même la sortie médiatique du ministre de la Justice, plusieurs voix s’étaient élevées pour dénoncer l’opportunité du calendrier retenu. Des organisations de la société civile, notamment le CCLD Boukata et le M62, ont exprimé leurs réserves face à des démolitions engagées sans que toutes les garanties relatives aux indemnisations et au relogement des personnes affectées ne soient clairement établies.



‎Leur principale préoccupation demeure le sort de milliers de familles susceptibles de perdre leur logement dans un contexte économique déjà difficile. Pour ces organisations, la question n’est pas seulement celle de la légalité des occupations, mais aussi celle de la responsabilité de l’État vis-à-vis de citoyens qui risquent de se retrouver sans abri. Elles réclament des indemnisations transparentes, des délais plus raisonnables et des mesures d’accompagnement concrètes avant toute destruction massive.



‎Face à cette montée de la contestation, le point de presse du ministre apparaît comme une tentative de désamorcer une crise sociale naissante. En insistant sur le respect des droits des victimes légitimes et sur la volonté des autorités d’accompagner les populations affectées, le gouvernement cherche manifestement à rétablir un climat de confiance. Les autorités avaient déjà affirmé que les « victimes légitimes » seraient dédommagées et que des dispositions d’accompagnement étaient en préparation.



‎Toutefois, sur le terrain, beaucoup restent prudents. L’expérience a souvent montré que les annonces officielles ne se traduisent pas toujours par des résultats à la hauteur des attentes. Entre les promesses d’indemnisation, les procédures administratives et les réalités budgétaires, un fossé peut rapidement se creuser.



‎Au final, le débat dépasse largement la seule question foncière. Il pose celle de l’équilibre entre impératifs de sécurité et justice sociale. Si l’État dispose du droit de protéger ses infrastructures stratégiques, il lui revient également de démontrer qu’aucun citoyen ne sera sacrifié au nom de cette exigence. Après les paroles du ministre, l’opinion publique attend désormais des actes. Car c’est sur le terrain, et non devant les micros, que se jouera la crédibilité de cette opération.



‎Mahamadou Tahirou


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