Point de vue : Le Niger assume un tournant juridique face aux pratiques LGBTQ+


‎En Afrique de l’Ouest, le débat  sur l’homosexualité n’est plus seulement moral. Il est devenu politique, juridique et institutionnel.

‎Du Sénégal au Ghana, et désormais avec une attention particulière portée sur le Niger, plusieurs États affirment leur volonté de mieux encadrer les pratiques liées à la communauté LGBTQ+. Pour leurs autorités, il ne s’agit pas uniquement de répondre à une pression sociale ou religieuse. Il s’agit,   de défendre un ordre culturel, des valeurs collectives et une conception de la famille.

‎ Au Sénégal, une loi récemment promulguée renforce les sanctions contre les « actes contre nature ». Les peines passent de cinq à dix ans d’emprisonnement, contre un à cinq ans auparavant. Le texte ne se limite pas aux pratiques elles-mêmes : il vise aussi la promotion, le soutien et le financement de l’homosexualité.
‎Au Ghana, la même dynamique se dessine. Le Parlement a adopté une loi sur les « droits sexuels et les valeurs familiales », un texte qui renforce considérablement l’arsenal juridique contre les pratiques LGBT+. Les peines prévues peuvent aller jusqu’à trois ans de prison pour des relations homosexuelles et jusqu’à cinq ans pour la promotion ou le soutien d’activités LGBT+.

‎Au Niger  aussi,  cette orientation prend aujourd’hui une portée particulièrement significative. Les autorités militaires  affichent une ligne ferme. Elles entendent renforcer l’encadrement juridique et social des pratiques liées à la communauté LGBTQ+, dans un contexte où les autorités administratives, judiciaires et religieuses semblent converger vers une même priorité : préserver les repères sociaux jugés fondamentaux. Le vendredi 16 mai 2025, lors d’un entretien accordé à la RTN Télé Sahel dans le cadre du bilan annuel de sa gestion, le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Alio Daouda, est revenu sur l’affaire dite des « lesbiennes de Niamey ».

‎Après une première décision de relaxe, le parquet a interjeté appel. Le ministre a rejeté les accusations de « détention arbitraire » formulées par certains observateurs, rappelant que la procédure judiciaire s’inscrivait dans le principe du double degré de juridiction. Selon lui, la Cour d’appel, régulièrement saisie du dossier, a finalement prononcé des peines de prison ferme contre les deux prévenues.

‎Pour le gouvernement nigérien, cette affaire illustre une position plus large : la justice doit pouvoir agir lorsque des faits sont considérés comme contraires au cadre légal et aux valeurs défendues par l’État. Le ministre Alio Daouda a également annoncé un durcissement du Code pénal. Désormais, les pratiques LGBTQ+ ainsi que les activités de promotion ou de soutien à ces pratiques sont incriminées. Cette précision est importante, car elle élargit le champ d’action des autorités.

‎Mais à vrai dire, il faut préciser que le nouveau code pénal et le nouveau code de procédure pénale étaient déjà finalisés avant le coup d’Etat. Les pratiques LGBT étaient criminalisées.

‎ Selon le ministre, les personnes et organisations soupçonnées d’encourager ces pratiques, notamment lorsqu’elles bénéficieraient d’appuis extérieurs, peuvent désormais faire l’objet de poursuites. Cette annonce place certaines organisations dans une situation délicate, en particulier celles accusées de défendre ou de promouvoir ces pratiques sous couvert de défense des droits humains.

‎Le signal envoyé est fort. Dans cette nouvelle séquence ouest-africaine, le Niger ne se contente plus d’observer. Il agit. Il légifère. Il poursuit.

‎Tchanga Idrissa

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