De Kafra au nord du Niger à Sèmè Podji au sud du Benin, Sonatrach s’installe dans une nouvelle séquence pétrolière nigérienne. Le pétrole nigérien connaît, en l’espace de vingt-quatre heures, deux développements distincts qui ont pourtant un même dénominateur commun. .
Le 13 août, à Kafra, dans la région d’Agadez, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine et son homologue algérien Sifi Ghrieb, ont coprésidé la cérémonie officielle de lancement du forage du puits d’exploration Kafra Sud-Est 1.
L’événement marque une nouvelle étape d’un partenariat engagé depuis plusieurs années. Sonatrach intervient au Niger à travers ses filiales, notamment SIPEX, dans le cadre du contrat de partage de production du bloc de Kafra, tandis que ENAFOR assure les opérations de forage. Le projet concerne l’exploration d’une zone proche de la frontière algérienne et ne doit pas être assimilé au champ d’Agadem, actuellement à l’origine du brut « Meleck » exporté par oléoduc vers le terminal de Sèmè.
À Kafra, l’enjeu est donc prospectif notamment celui de déterminer le potentiel commercial du sous-sol et, si les résultats sont concluants, ouvrir une nouvelle province pétrolière. Pour Niamey, le pari consiste à transformer ce partenariat d’exploration en production, recettes et transfert de compétences. Pour Alger, la proximité géographique de Kafra donne également au projet une dimension énergétique et stratégique particulière.
Vingt-quatre heures plus tard, le même groupe algérien apparaissait dans un tout autre dossier. Le 14 août, Sonatrach et la Sonidep ont procédé au chargement, au terminal de Sèmè au Bénin, d’une première cargaison de brut nigérien « Meleck » commercialisée conjointement. Ce pétrole provient toujours d’Agadem. .
Pour rappel, cette nouvelle configuration intervient après l’accord conclu le 12 avril 2024 entre le Niger et la CNPC. La compagnie chinoise avait alors accordé à l’État nigérien une avance de 400 millions de dollars, adossée à sa quote-part de brut, avec un mécanisme de remboursement prévu sur les premières exportations, sur douze mois, assorti d’un taux d’intérêt de 7%. Aux dernières nouvelles, une information publiée en juin 2026 par Africa Intelligence indique que la CNPC aurait été intégralement remboursée de cette avance de 400 millions de dollars.
Cette donnée éclaire d’un jour nouveau la prise en main de la commercialisation par Sonidep et Sonatrach. La question est désormais de savoir ce que signifie exactement l’arrivée de Sonatrach dans cette commercialisation. La CNPC a-t-elle effectivement récupéré l’intégralité de son avance ? Cette créance était-elle juridiquement soldée avant la mise en place du nouveau dispositif Sonidep-Sonatrach ?
Autre zone d’ombre à éclairer, combien l’État nigérien a-t-il réellement encaissé lors de cette première opération avec Sonatrach ? Sur combien de barils porte l’accord ? Pour quelle durée ? À quel prix et selon quelles conditions commerciales ? Autant d’interrogations qui sont hélas pour l’instant sans réponses.
La première cargaison est officiellement annoncée, mais les détails financiers demeurent largement absents de la communication publique.
Une autre interrogation plus fondamentale demeure également , cette nouvelle association Sonidep-Sonatrach constitue-t-elle une étape transitoire ou le début d’une reprise progressive de la commercialisation par l’État nigérien ? Autrement dit, quand est ce que le Niger pourra-t-il commencer à commercialiser directement l’intégralité de son brut, sans recourir à un partenaire étranger ?
Entre Kafra, où Sonatrach explore, et Sèmè, où elle commercialise, l’Algérie élargit donc nettement son empreinte dans le pétrole nigérien. Reste maintenant à mesurer ce que cette nouvelle architecture rapportera effectivement au Niger et surtout à déterminer si elle le rapproche d’une maîtrise pleine et entière de son pétrole.
Mahamadou Tahirou





