À quelques mois du scrutin, la bataille autour de la subvention pétrolière révèle une fracture plus profonde : entre les équilibres budgétaires défendus par Bola Tinubu et le pouvoir d’achat d’une population qui peine encore à mesurer les bénéfices des réformes.
La présidentielle nigériane de janvier 2027 se jouera-t-elle aussi à la pompe ? Tout porte à le croire. Trois ans après la suppression de la subvention sur l’essence, la mesure revient au cœur de la bataille politique.
L’ancien vice-président Atiku Abubakar, désormais candidat de l’ADC, promet de réintroduire une subvention ciblée s’il accède au pouvoir. Une proposition aussitôt dénoncée par le camp de Bola Tinubu, qui y voit un retour en arrière susceptible de creuser à nouveau les finances publiques.
Le gouvernement dispose d’un argument de poids : la suppression de la subvention a permis de réduire une dépense publique considérable et de laisser davantage les prix refléter les conditions du marché. Mais cet argument se heurte à une réalité beaucoup plus concrète : le Nigérian ordinaire paie aujourd’hui beaucoup plus cher pour se déplacer, produire et se nourrir.
C’est précisément là que le débat devient politiquement explosif. Le ministre des Finances, Taiwo Oyedele, a reconnu que les économies réalisées grâce aux réformes avaient été largement absorbées par la hausse du service de la dette et l’augmentation des dépenses publiques. Autrement dit, une partie des ressources libérées par la fin de la subvention n’a pas directement amélioré le pouvoir d’achat des ménages.
Le pouvoir peut donc défendre les résultats macroéconomiques de sa politique. Mais il lui faut désormais répondre à une question beaucoup plus populaire que les statistiques. Qu’est-ce que les citoyens ont réellement gagné ?
Atiku tente précisément d’exploiter cette fragilité. Mais son retour à la subvention soulève une autre interrogation : avec quelles ressources financer durablement cette politique sans reproduire les déficits et les distorsions de l’ancien système ?
Le débat ne sépare d’ailleurs pas simplement le pouvoir de l’opposition. Peter Obi refuse lui aussi l’idée d’un retour pur et simple de la subvention. Il estime que sa suppression était nécessaire, mais reproche au gouvernement de ne pas avoir suffisamment transformé les économies réalisées en investissements productifs et en mesures de protection sociale.
Cette divergence met en lumière une question plus vaste, notamment elle qui consiste à s’interroger, si le Nigeria devrait-il protéger les consommateurs par une intervention directe sur les prix ou utiliser ses ressources pour financer les infrastructures, les transports et les filets sociaux ?
Pour Bola Tinubu, le dossier est désormais devenu un test de crédibilité. Abandonner la réforme serait politiquement risqué ; la défendre sans produire de résultats sociaux suffisamment visibles l’est tout autant. Pour Atiku, promettre une subvention ciblée peut séduire un électorat éprouvé par l’inflation et la cherté de la vie. Mais il devra démontrer que cette promesse n’est pas simplement une arme électorale.
À cinq mois du scrutin, une certitude s’impose : le carburant sera difficile à dissocier du vote. Le gouvernement demande aux Nigérians de patienter pour récolter les fruits des réformes. L’opposition leur demande de regarder leur portefeuille.
En janvier 2027, les électeurs pourraient finalement trancher entre ces deux récits avec une question très simple : faut-il continuer à payer aujourd’hui au nom des bénéfices promis demain ?
M. Tahirou





