Relations algéro-maliennes : le temps du réalisme

Qui aurait cru, il y a encore un an, un Premier ministre malien à Alger ? Personne sans doute. Et pourtant, le général de division Abdoulaye Maïga est arrivé, ce lundi 24 août, à Alger. Il répond ainsi à l’invitation de son homologue Sifi Ghrieb. Tout s’est accéléré. Le 9 août, indique un communiqué de presse de la Primature du Mali, une invitation à se rendre à Alger a été adressée au général Maïga à l’issue d’un entretien téléphonique « à l’initiative de la partie algérienne ».  Signe du dégel des relations entre les deux pays, c’est le Premier ministre algérien en personne qui a accueilli son hôte au pied de la passerelle de l’avion malien.

C’est tant mieux que l’Algérie et le Mali tournent la page de la brouille politique et diplomatique qui dure depuis avril 2025 suite à la destruction d’un drone de l’armée malienne par la sécurité algérienne. Deux versions officielles se sont opposées : le gouvernement malien indiquait que le drone a été abattu sur son territoire tandis que l’Algérie soutenait qu’il avait violé son espace aérien. La suite était connue de tous : déclaration musclée de la Confédération de l’AES pour dénoncer le comportement de l’Algérie, fermeture de leur espace aérien aux aéronefs algériens, rappel des ambassadeurs des trois pays en poste à Alger qui fait de même. Un froid glacial s’est installé entre l’AES et l’Algérie. Pourtant, l’histoire et la géographie suffisaient à rapprocher le Mali et l’Algérie. L’histoire ? Le Mali a servi de base arrière au mouvement de libération de l’Algérie mené par le Front de Libération Nationale (FLN) qui est aux manettes du pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1962. La géographie ? Le Mali et l’Algérie sont des pays voisins qui partagent une longue frontière de plus de 1.000 km.

La crise a fait son temps entre l’AES et l’Algérie. Puis vint le réchauffement des relations en début de cette année avec la visite en Algérie du chef de l’Etat nigérien, le général Abdourahamane Tiani, à l’invitation du président Abdel Madjid Tebboune. La coopération entre le Niger et l’Algérie reprend de plus belle. Ceci a été matérialisé par la tenue à Niamey de la grande commission mixte de coopération. Plusieurs accords dans les domaines de la sécurité, des infrastructures, du pétrole, de l’éducation, des transports, de la santé, etc, ont été signés, une centrale solaire de 40 Mw a été offerte au Niger ainsi que de nombreuses bourses de formation, quatre hélicoptères et des munitions. Le projet Kafra d’exploitation du pétrole est relancé ; les deux Premiers ministres ont lancé les travaux, il y a quelques jours sur le site.

A leur tour, le Mali et l’Algérie renouent leurs relations. Selon le communiqué de la Primature malienne, cette visite « témoigne de la volonté partagée de renforcer un dialogue direct, régulier et constructif, fondé sur le respect mutuel, la confiance réciproque, la non-ingérence, ainsi que la préservation de intérêts de chaque Etat ».

Après la brouille, c’est à présent le temps du réalisme politique et diplomatique. Et c’est tant mieux pour ces Etats.

La rédaction

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