Armer des civils n’a jamais été une solution durable. C’est souvent le début d’un autre problème.
La décision d’instituer des brigades d’autodéfense, les Domol Leydi, appelle à la plus grande prudence.
Dans un pays comme le Niger, riche de sa diversité mais aussi traversé par des équilibres sociaux fragiles, introduire des armes dans le tissu civil comporte des risques majeurs, dérives incontrôlées, règlements de comptes, fractures communautaires.
L’expérience de la sous-région doit nous servir de leçon. Au Burkina Faso, le recours aux VDP, présenté hier comme une réponse d’urgence, a malheureusement conduit à des dérives graves, avec des exactions documentées, notamment contre des communautés peulhs. Ces pratiques ont aggravé les tensions et fragilisé davantage le tissu social.
C’est précisément pour éviter ces dérives que des choix responsables avaient été faits par le passé.
Les présidents Mahamadou Issoufou et Mohamed Bazoum avaient clairement refusé d’engager notre pays dans cette voie. Ils avaient fait le choix de renforcer les Forces de Défense et de Sécurité, le renseignement et les coopérations structurées.
Sous l’impulsion du président Mohamed Bazoum, une approche alternative avait été engagée, intégrer les jeunes issus des zones les plus exposées dans les effectifs des FDS. Cette stratégie permettait de renforcer l’État, de créer de la confiance avec les populations locales et d’éviter les logiques de milices. Elle avait commencé à produire des résultats concrets.
Aujourd’hui, le choix de recourir à des milices est en lui-même un aveu préoccupant, il traduit une dégradation de la situation sécuritaire depuis le 26 juillet 2023, alors même que ce changement de régime avait été justifié par la promesse de mieux protéger les Nigériens.
La réalité est là, dure et implacable,chaque jour, des civils tombent. Chaque jour, nos forces de défense et de sécurité paient un lourd tribut.
Hier, on expliquait ces drames par des incursions de terroristes venant du Nigeria, du Burkina ou du Mali…
Aujourd’hui, la menace s’étend et s’enracine sur notre propre territoire.
Certaines zones, comme la région de Tillabéri, font face à une pression extrême, au point que le risque d’un basculement total sous contrôle des groupes armés terroristes n’est plus une hypothèse abstraite.
Face à cela, la réponse ne peut pas être l’armement de civils.
La lutte contre le terrorisme ne se gagne ni dans le tout-militaire, ni dans la miliciarisation de la société. Elle se gagne par le renseignement, par la coopération régionale, par des alliances solides, une justice sociale et par une stratégie cohérente.
Cela suppose aussi d’avoir le courage de le dire clairement, le Niger ne pourra pas relever seul un défi sécuritaire d’une telle ampleur.
Il est urgent de rétablir des partenariats stratégiques, équilibrés et gagnant-gagnant, avec des acteurs capables de nous accompagner efficacement dans cette lutte. Refuser toute coopération au nom d’un souverainisme de façade, qui ne produit aucun résultat concret sur le terrain, revient à affaiblir davantage notre dispositif sécuritaire.
La souveraineté ne se proclame pas. Elle se construit, elle se protège, elle se consolide par des choix lucides.
Un État fort est un État qui protège lui-même ses citoyens, avec des partenaires choisis, dans le respect de ses intérêts.
Pas un État qui délègue sa mission régalienne à des groupes armés parallèles.
Je le dis avec gravité et responsabilité, ce choix est dangereux pour l’unité nationale et porteur de risques à long terme.
Idrissa Waziri





