Des marches et meetings de soutien au Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) et au gouvernement ont été organisés dans plusieurs localités du pays, à l’initiative des plus hautes autorités. A Niamey, ces manifestations de rue ont été tenues, samedi 9 mai dernier. Selon l’administrateur délégué de la ville de Niamey, ces manifestations ont pour objet de « dénoncer avec force et détermination les velléités de déstabilisation clairement affichées par les mercenaires à la solde des puissances coloniales et apporter un soutien indéfectible aux idéaux des autorités de la Refondation du Niger ».
Partie du rond-point Église, la mobilisation s’est achevée à la Place de la Concertation où un meeting a été tenu en présence des membres du CNSP, ceux du gouvernement, des autorités administratives ainsi que de plusieurs figures proches du pouvoir, venues galvaniser une foule compacte acquise à la cause du régime militaire. Des milliers de manifestants composés de militants des mouvements de soutien au CNSP, des organisations de jeunesse et des étudiants, des associations de la société civile, ont répondu à l’appel. Drapeaux du Niger et de l’AES flottant au vent, slogans hostiles à l’ingérence étrangère, chants patriotiques et portraits géants du général Tiani, la manifestation avait des allures de démonstration politique soigneusement orchestrée.
À la tribune, plusieurs intervenants ont salué le « combat pour la souveraineté nationale », la rupture avec l’ancien ordre politique, la dénonciation des influences étrangères et le soutien à la dynamique de l’Alliance des États du Sahel (AES). Certains orateurs ont présenté le général Tiani comme « le symbole d’un Niger debout, capable de défendre les intérêts nationaux face aux pressions extérieures ».
Près de trois ans après le coup d’État de juillet 2023 ayant renversé le président Mohamed Bazoum, les autorités militaires continuent de chercher à consolider leur légitimité populaire. La multiplication des rassemblements de soutien traduit autant une volonté de démontrer l’ancrage populaire du CNSP qu’un besoin politique de maintenir une adhésion autour d’un pouvoir confronté à des défis sécuritaires, économiques, sociaux et diplomatiques persistants.
Car derrière l’enthousiasme affiché, plusieurs interrogations demeurent. Si les partisans du régime mettent en avant une reconquête de la souveraineté nationale et une plus grande indépendance diplomatique, les critiques dénoncent un espace politique de plus en plus verrouillé, la persistance de l’insécurité, l’absence de perspectives démocratiques, le coût de la vie qui demeure élevé, le chômage des jeunes devenu préoccupant, …Sur ce chapitre, il faut noter la création et le lancement à Bruxelles, en Belgique, le 9 mai dernier, comme par coïncidence, des activités de l’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS). Un collectif porté par des citoyens des États de l’AES vivant à l’extérieur et qui vise le retour à l’ordre démocratique et constitutionnel au Burkina Faso, au Mali et au Niger.
Pour les observateurs, les manifestations du 9 mai 2026 apparaissent ainsi comme un signal politique fort envoyé autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. À l’interne, elle vise à montrer que le régime conserve une capacité de mobilisation significative dans la capitale. À l’externe, elle cherche à conforter l’image d’un pouvoir soutenu par une partie importante de la population nigérienne.
Mais au-delà des foules et des discours, le véritable défi du pouvoir reste celui des résultats. La popularité née du discours souverainiste devra désormais se mesurer à l’aune des réalités quotidiennes des Nigériens, qui sont : la sécurité, l’emploi, le coût de la vie, la bonne gouvernance, etc. Dans ce contexte sahélien marqué par l’instabilité chronique, le soutien populaire, aussi massif soit-il, ne saurait à lui seul tenir lieu de projet politique durable.
Mahamadou Tahirou





