Budget ouvert (OBI) 2025 : au Niger, la transparence dégringole de 33 à 6 points

Alternative Espaces Citoyens a présenté, jeudi 3 septembre 2026 à Niamey, au cours d’une rencontre solennelle, les résultats de l’Enquête sur le budget ouvert (OBI) 2025. Devant des journalistes de médias nationaux et des acteurs engagés dans la promotion de la transparence et de la bonne gouvernance, Hassane Boukar, chercheur pays, a dévoilé un chiffre qui résume à lui seul l’ampleur du recul : le Niger passe de 33 points sur 100 en transparence budgétaire en 2023 à seulement 6 points en 2025.Soit 27 points de moins en deux ans.

Cette rencontre s’inscrit ainsi dans une démarche d’information et de sensibilisation sur l’accès des citoyens à l’information budgétaire et sur les mécanismes de transparence, de participation et de contrôle des finances publiques.

Il faut noter qu’à  cette chute vertigineuse   s’ajoutent deux autres zéros notamment 00/100  pour la participation citoyenne et 00/100  pour le contrôle budgétaire, alors que ce dernier indicateur affichait encore 48 points sur 100  en 2023.

La comparaison avec plusieurs pays d’Afrique francophone rend la contre-performance du Niger encore plus visible. Selon les résultats présentés, le Bénin obtient 77 points en transparence, le Cameroun 58, la Côte d’Ivoire 55, le Sénégal 42, la RDC 41 et le Mali 38. Le Burkina Faso affiche 13 points, contre 6 pour le Niger et 4 pour le Tchad.

Mais au-delà du classement, c’est l’ampleur de la dégradation qui pose question. L’OBI mesure trois dimensions : on peut citer, la transparence dans la mobilisation et l’utilisation des ressources publiques, les possibilités offertes aux citoyens de participer aux décisions budgétaires et enfin le contrôle exercé par les institutions compétentes.

Pour apprécier la transparence, l’enquête examine notamment huit documents : le pré-budget, le projet de loi de finances, le budget adopté, les rapports périodiques d’exécution, la revue de milieu d’année, le rapport de fin d’année, le rapport d’audit et le budget des citoyens. Leur publication doit respecter des délais précis. Une publication tardive peut, selon la méthodologie, être assimilée à une absence de publication.

L’évaluation repose sur 145 questions consacrées aux documents budgétaires, auxquelles s’ajoutent 18 questions sur la participation du public et 18 sur le rôle du législateur et de l’institution supérieure de contrôle.

Ces résultats interviennent dans un contexte institutionnel profondément transformé depuis juillet 2023. Depuis le changement de régime, le budget de l’État n’est plus voté par le Parlement dans le cadre parlementaire ordinaire, mais adopté par voie d’ordonnance. Cette évolution constitue un élément important au regard d’une enquête qui évalue précisément le rôle du législateur dans le processus budgétaire.

Autre maillon essentiel, est celui du contrôle. La Cour des comptes est l’institution supérieure chargée du contrôle des finances publiques. Or, selon les éléments évoqués lors de la présentation, son dernier rapport de contrôle budgétaire disponible remonte à l’exercice 2021, publié en 2022. Depuis, aucun nouveau rapport de contrôle budgétaire n’aurait été publié. La question de l’accès du citoyen à l’information sur l’exécution et le contrôle des ressources publiques reste donc entière.

L’OBI est une initiative de l’International Budget Partnership (IBP). Lancée en 2006 avec une cinquantaine de pays, elle couvre aujourd’hui plus de 120 pays. Le Niger a intégré le dispositif à partir de 2008.

Dans chaque pays, l’enquête est conduite par un chercheur, un universitaire ou une organisation de la société civile. L’IBP vérifie ensuite la cohérence et la précision des réponses. Deux évaluateurs indépendants et anonymes procèdent à leur tour à un examen. Le gouvernement concerné peut formuler des observations et, en cas de divergence, l’IBP arbitre avant d’arrêter les réponses définitives. L’enquête repose sur des éléments de preuve.

Au Niger, Alternative Espaces Citoyens participe à ce processus. La restitution du 3 septembre remet ainsi au centre du débat une question aussi simple qu’essentielle : que sait réellement le citoyen de l’utilisation de l’argent public qu’il contribue à mobiliser ?

La refondation en cours au Niger  devrait être l’occasion de répondre à cette question. Elle ne devrait pas seulement concerner les institutions et leur fonctionnement, mais aussi les conditions dans lesquelles le citoyen accède à l’information et peut demander des comptes. Car le citoyen qui paie l’impôt a le droit de savoir, combien l’État mobilise, où cet argent est dépensé, comment il est dépensé et quels résultats en sont tirés. 

Dans un contexte de ressources limitées et de besoins considérables, renforcer la transparence, la participation et le contrôle serait moins une contrainte qu’un impératif de gouvernance. La refondation gagnerait ainsi à faire de la reddition des comptes une réalité concrète : que chaque franc public puisse être retracé et que chaque citoyen puisse, enfin, savoir ce qui en a été fait.

M. Tahirou 

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