Réunis du 20 au 24 avril 2026 à N’Djamena, au Tchad, les experts climatiques du Forum régional PRESASS, en collaboration avec AGRHYMET, les services météorologiques sahéliens et plusieurs organismes hydrologiques africains, ont alerté sur des risques élevés d’inondations dans plusieurs pays du Sahel, notamment au Niger. Selon leurs prévisions pour la saison des pluies 2026, des cumuls pluviométriques excédentaires, des écoulements importants des bassins fluviaux et des débordements de cours d’eau pourraient provoquer des dégâts humains, sanitaires et matériels majeurs si des mesures préventives urgentes ne sont pas engagées à temps.
Derrière les perspectives d’une bonne pluviométrie pour le Sahel Centre et Est, les experts voient surtout une menace croissante pour les populations installées dans les zones inondables. Au Niger, les prévisions annoncent des pluies supérieures à la moyenne dans plusieurs localités ainsi que des écoulements excédentaires dans certains bassins, notamment celui de la Komadougou Yobé. Une situation qui pourrait rapidement transformer l’espoir d’une bonne campagne agricole en catastrophe humanitaire.
Ces dernières années, les inondations ont déjà laissé des traces profondes dans plusieurs régions nigériennes. Des milliers de familles déplacées, des maisons effondrées, des routes coupées et des terres agricoles submergées ont illustré la vulnérabilité persistante des villes et villages face aux fortes pluies. Pourtant, malgré ces précédents, l’urbanisation anarchique, l’occupation des zones à risques et le manque d’entretien des systèmes de drainage continuent d’aggraver les conséquences des intempéries.
Le rapport du PRESASS avertit également que ces fortes pluies pourraient entraîner des ruissellements érosifs, des destructions d’infrastructures, la submersion des espaces agricoles et fourragers ainsi que des pertes en vies humaines et animales. Les marchés, les écoles, les centres de santé, les réseaux électriques et axes routiers figurent parmi les infrastructures les plus exposées. Dans certaines localités déjà fragilisées par l’insécurité et la pauvreté, une catastrophe climatique pourrait accentuer davantage la précarité sociale.
À ces risques matériels s’ajoute une inquiétude sanitaire. Les eaux stagnantes et les zones humides favorisent généralement la propagation de maladies comme le choléra, le paludisme, la dengue ou encore certaines infections diarrhéiques. Dans un contexte où les structures sanitaires disposent de moyens limités, une forte saison des pluies pourrait rapidement provoquer une pression supplémentaire sur les services de santé.
Face à cette menace annoncée, les experts régionaux insistent sur l’urgence d’agir avant les premières grandes crues. Parmi les mesures recommandées figurent le curage des caniveaux, l’assainissement des agglomérations, le renforcement des digues de protection et la maintenance des infrastructures routières. Le rapport appelle également à renforcer les systèmes d’alerte précoce, la coordination entre services météorologiques et protection civile ainsi que la sensibilisation des populations vivant dans les zones exposées.
La protection des personnes vulnérables, notamment les enfants, les femmes et les personnes âgées, apparaît aussi comme une priorité absolue. Car au-delà des chiffres et des prévisions, chaque saison des pluies rappelle une réalité préoccupante : au Niger, les catastrophes naturelles deviennent souvent plus destructrices à cause du déficit d’anticipation. Pour rappel, selon le comité interministériel du Niger en charge de la gestion des inondations, près de 246.228 personnes ont été impactées réparties dans 122 communes du Niger, à la date du 12 septembre 2025.
Mahamadou Tahirou
(Source : communiqué final PRESASS 2026).





